Aung San Suu Kyi privée de liberté 18 mois de plus

La dirigeante de l'opposition birmane Aung San Suu Kyi a été condamnée à 18 mois supplémentaires d'assignation à résidence. Peine qui l'exclut du paysage politique en vue des élections fixées à 2010 par le régime militaire.
02 août 2015, 18:47

Un tribunal spécial birman a reconnu Aung San Suu Kyi, lauréate du prix Nobel de la paix, coupable d'avoir violé les termes régissant depuis 2003 son assignation à résidence et l'a condamnée à trois ans de prison et de travaux forcés.

Mais le ministre birman des Affaires intérieures, le général Maung Oo, a ensuite fait une entrée surprise à la Cour et annoncé que Than Shwe, numéro un de la junte, avait signé un décret spécial commuant la peine de prison en peine de résidence surveillée. Il n'a pas exclu que la peine soit encore réduite si Mme Suu Kyi se comportait bien.

Le Conseil de sécurité des Nations unies a décidé de se réunir hier soir pour débattre de cette condamnation. Mme Suu Kyi, 64 ans, était accusée d'avoir brièvement hébergé en mai dernier un Américain, John Yettaw, qui s'était invité chez elle après avoir nagé jusqu'à son domicile, au bord d'un lac.

«Merci pour le verdict», a déclaré Aung San Suu Kyi, sur un ton sarcastique, à la lecture de la condamnation. Elle portait une tenue traditionnelle birmane mêlant le rose et le gris clair, et son visage semblait fermé.

De son côté, John Yettaw, mormon américain de 54 ans à l'origine de la mise en accusation de l'opposante, a été condamné au total à sept ans de prison et de travaux forcés, notamment pour avoir violé la législation sur l'immigration et avoir «nagé dans une zone interdite».

L'Américain a déclaré à la cour avoir été envoyé par Dieu au domicile de Suu Kyi pour l'avertir qu'elle risquait d'être assassinée par des «terroristes». John Yettaw, dont la santé est fragile, a souffert de plusieurs crises d'épilepsie au cours de la semaine écoulée et n'a quitté l'hôpital que lundi soir.

La figure de proue de l'opposition birmane a été reconduite à son domicile, un transfert sous haute sécurité. Ses deux dames de compagnie, qui étaient aussi jugées, ont écopé de la même peine que Aung San Suu Kyi.

Aung San Suu Kyi et ses assistantes étaient passibles de cinq ans de prison et le régime a voulu donner l'impression qu'il tenait compte des appels internationaux et qu'il était prêt à faire preuve de clémence, ont estimé des analystes.

Toujours est-il que Aung San Suu Kyi, secrétaire générale de la Ligue nationale pour la démocratie (LND, principal parti d'opposition en Birmanie), restera privée de liberté dans un avenir proche.

Les réactions internationales n'ont pas tardé et la plupart des gouvernements ont estimé que les élections de 2010 n'auraient aucune crédibilité sans la participation de Aung San Suu Kyi.

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, qui s'était rendu début juillet en Birmanie, s'est déclaré «profondément déçu» par le verdict. Il a enjoint la junte de considérer enfin Aung San Suu Kyi comme une «actrice essentielle» du jeu politique.

Le président américain Barack Obama a dénoncé la condamnation et réclamé la «libération immédiate et inconditionnelle» de l'opposante. Il s'est aussi dit préoccupé par la peine infligée à John Yettaw.

Le premier ministre britannique Gordon Brown a ressenti un sentiment de «tristesse» et de «colère» avant de dénoncer «la mascarade de procès» à Rangoun. Et le président français Nicolas Sarkozy a qualifié le verdict de «brutal» et «d'injuste».

La présidence suédoise de l'Union européenne (UE) a réclamé la «libération immédiate et sans conditions» de Aung San Suu Kyi et annoncé son intention de prendre de «nouvelles mesures ciblées» à l'encontre du régime birman. Décisions sur lesquelles s'alignera la Suisse, a indiqué le secrétariat d'Etat à l'économie (Seco). /ats