Air France: les pilotes rejettent la proposition de la direction

Les pilotes d'Air France, en grève depuis huit jours, ont rejeté lundi une "ultime" proposition de la direction de suspendre temporairement la création en Europe de sa filiale low cost Transavia, à l'origine du conflit.

22 sept. 2014, 20:03
Plus de la moitié des avions de la compagnie Air France sont cloués au sol.

La sortie de crise n'aura pas eu lieu: les pilotes d'Air France, en grève depuis huit jours, ont rejeté lundi une "ultime" proposition de la direction de suspendre temporairement la création en Europe de sa filiale low cost Transavia, à l'origine du conflit. Plus de la moitié des avions de la compagnie sont cloués au sol.

Le SNPL, 1er syndicat de pilotes d'Air France, a demandé "le retrait du projet de Transavia Europe", au huitième jour d'une grève très suivie des pilotes pour contester les conditions de développement de la filiale low cost de la compagnie.

Dans un entretien au quotidien "Le Monde", le patron du groupe Air France-KLM Alexandre de Juniac a présenté la suspension "jusqu'à la fin de l'année du projet de création de filiales de Transavia en Europe, hors France et Pays-Bas" comme une "ultime proposition" pour mettre fin à une grève "infondée".

"Les conditions ne sont aujourd'hui clairement pas réunies pour qu'un projet de cette nature se mette en place dans la sérénité", a déclaré Jean-Louis Barber, président du SNPL AF Alpa, lors d'une conférence de presse.

"Alexandre de Juniac a définitivement perdu la confiance des pilotes et probablement celle des autres catégories de salariés de l'entreprise", a-t-il ajouté, évoquant "une crise profonde du management de l'entreprise". Cette suspension est "un artifice pour mieux faire renaître le projet à la fin de l'année", a-t-il ajouté.

Manuel Valls plaide la fin de la grève

Constatant l'existence d'une "impasse", les pilotes du SNPL en appellent "au premier ministre", assurant ne pas douter qu'il "aura à coeur de trouver une solution pour sauvergarder l'emploi français quand il comprendra les dessous du projet de la direction".

Manuel Valls a appelé lundi à la fin du mouvement de grève, estimant que la direction du groupe avait fait des propositions "raisonnables". "Il faut que cette grève s'arrête le plus vite possible", a-t-il plaidé.

Cette grève, qui est la plus longue depuis 1998, provoque selon la direction "des pertes d'exploitation pouvant aller jusqu'à 20 millions d'euros par jour".

La compagnie a prévu une légère amélioration de la situation mardi, avec 48% des vols qui devraient pouvoir être assurés, contre seulement 42% lundi. Elle table aussi sur une mobilisation en décrue des grévistes, à 57% contre plus des deux tiers lundi.

Samedi, le SNPL avait annoncé la reconduction du mouvement jusqu'au vendredi 26, sans exclure d'aller au-delà si la "situation de blocage" persiste. Un autre préavis du deuxième syndicat de pilotes, le Spaf, court jusqu'à mercredi.

Projet à négocier

Perçu par les pilotes comme la porte ouverte à une "délocalisation" de l'emploi français, le déploiement de Transavia devrait faire l'objet avant la fin de l'année, selon la nouvelle proposition de la direction, d'une négociation avec toutes les catégories de salariés. Le groupe AF-KLM, qui augmenter la flotte de Transavia France de 14 à 37 avions, a affiché sa volonté d'ouvrir de nouvelles bases Transavia en Europe dès 2015, avec des pilotes sous contrats locaux.

Le gouvernement français a multiplié ces derniers jours ses appels à la fin du conflit. "Clairement aujourd'hui, il faut que le travail reprenne", a martelé lundi le secrétaire d'Etat aux Relations avec le Parlement, Jean-Marie Le Guen, à la radio Europe 1.

Son homologue chargé des Transports, Alain Vidalies, avait réclamé la veille "un compromis" entre direction et syndicats. Dès la semaine passée, le Premier ministre Manuel Valls avait appelé en vain les pilotes à "arrêter" leur grève, selon lui "pas comprise".

Air France a réitéré ses excuses à ses clients, disant dans une lettre partager leur "frustration" et "mécontentement". Elle conseille à ses clients ayant réservé un vol jusqu'au 26 septembre de "reporter leur voyage, ou changer leur billet sans frais".