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Un pont entre arts sonores et visuels

04 mai 2010, 10:47

CRITIQUE - PAR GEORGES CATTIN

En matière musicale, ce n'est pas tout à fait par hasard si l'on parle de «palette» sonore, de «couleurs» interprétatives ou de «nuances». Ce vocabulaire emprunte aux peintres des mots emblématiques, chargés d'exprimer la mutation de la matière en émotion pure. Le récital offert par l'organiste parisienne Sophie-Véronique Cauchefer-Choplin, vendredi dernier en l'église de Saignelégier, jetait ainsi un pont salutaire entre arts sonores et visuels.

Le programme débuta par une «Suite en quatre mouvements» du compositeur canadien Denis Bédard: intensité et variété des climats sensoriels installèrent aussitôt l'auditoire dans un environnement intimiste et chaleureux. Les pages de César Franck (la fort peu jouée «Fantaisie en la majeur»), Maurice Duruflé et Jean-Jacques Grünenwald s'inscrivirent en transparence dans une trame sonore délicate. Quant à la toccata «Tu es Petra» d'Henri Mulet, elle rebondit en taches vives et fraîches sous l'implacable autorité de son ostinato endiablé.

Sophie-Véronique Cauchefer-Choplin accomplissait ainsi la première moitié de son programme. Comme convenu, elle allait poursuivre par une vaste improvisation en 16 mouvements, inspirée par les stèles de verre et de métal de l'artiste bruntrutain Florian Froehlich, qui ornent depuis peu l'église du chef-lieu franc-montagnard. S'inspirant autant des thèmes théologiques que des vitraux proprement dits, l'organiste se livra à cet exercice à la fois périlleux et exaltant qui consiste à traduire par des sons les impressions suggérées par le plasticien. Le résultat atteignit une sorte de perfection, par la symbiose idéale entre représentations formelles et acoustiques. S'ébrouant gravement dans une évocation de la «Création», la musique traversa la mer, franchit le désert et matérialisa la promesse divine, avant de s'extasier - sur fond de «Salve Regina» - sur le mystère de l'annonciation. Les trois stèles formant la crucifixion (Golgotha) servirent de matrice aux sobres vitraux de la résurrection. Ensuite de quoi, l'aventure se poursuivit au gré des langes de feu pentecôtistes (sur le thème du «Veni Creator»), du dialogue à peine décalé entre le Christ et son Eglise, des évanescentes graines du semeur répandues sur tous les claviers, pour atteindre enfin l'accomplissement apocalyptique de la Jérusalem Céleste, fusion intemporelle des rouges et des bleus en un crescendo à la scintillante polyphonie.

Le public, qui avait assisté par écran interposé à cette cohabitation du sonore avec le visuel, exprima son ravissement par une longue ovation, heureux d'avoir pénétré les vitraux de Saignelégier en syntonie avec les ondes sonores, tellement plus lentes que les ondes lumineuses, mais si judicieusement complémentaires.

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