Le chef de la police jurassienne veut "relever l'ADN des requérants d'asile"

Dans une interview accordée au "Matin Dimanche", le chef de la police jurassienne propose de relever systématiquement l'ADN des requérants d'asile pour faire face à la "hausse de la criminalité et de vols en tous genres commis par des immigrés d'Afrique du Nord."

19 août 2012, 10:15
Outre les mesures souhaitées, les centres de requérants d'asile manquent de places.

 Confronté à une hausse sans précédent des vols de tous genres commis par des immigrés d'Afrique du Nord, le chef de la police jurassienne réclame la récolte systématique des profils ADN des requérants d'asile. Du moins des hommes seuls et sans papiers, précise Olivier Guéniat.

"Cela nous aiderait énormément", déclare dans une interview au "Matin Dimanche" le chef de la police jurassienne mis en disponibilité par son homologue neuchâteloise. Il espère que cette idée fera partie du catalogue de mesures que la Conférence latine des chefs des départements cantonaux de justice et police devrait discuter sur la base d'un rapport que les commandants des polices concernées rédigent actuellement au sujet de la forte hausse des infractions au patrimoine.

Olivier Guéniat propose cette mesure parce que, "quand on arrête ce genre de délinquants, ils nient tout, même l'évidence. Ils se moquent de la police. Nous les confondons donc soit grâce aux empreintes digitales, soit grâce à l'ADN, dont nous avons de plus en plus de 'hits', mais malheureusement pas celui de tous les requérants", précise le médiatique chef de la police.

Explosion des délits

Le recours aux empreintes ADN permettrait des économies en temps et en argent, sachant que la charge induite par les délits contre le patrimoine a considérablement augmenté. Pour le petit canton du Jura, cela représente près de 700 affaires en 10 mois.

Olivier Guéniat n'hésite pas à parler "d'explosion" des vols à la tire, dans les appartements ainsi que dans les véhicules. "Ils sont incontestablement liés à la suractivité de certains requérants d'asile, notamment de Tunisie, mais aussi, plus marginalement, les Algériens et les Marocains".

Aucun espoir de rester

Et le chef de la police de préciser aussitôt qu'il ne s'agit pas d'une question de nationalité, mais de profil des requérants. On n'a pas affaire à des familles, comme celles issues des Balkans suite à la guerre des années 90. "On a des hommes seuls, âgés entre 18 et 30 ans, qui n'ont aucune chance d'obtenir un statut en Suisse. Il est juste impossible de les sociabiliser".

Ils n'ont aucun espoir de rester, ajoute M. Guéniat. "Partant de là, on comprend bien qu'aucune règle ne peut s'appliquer. Et ils commettent des délits en série sans aucune retenue, tous les jours. Il suffit d'un petit groupe d'individus pour déstabiliser tout le système. De plus, le nouveau code de procédure pénale, avec ses jours-amende, les fait doucement rigoler. Ils sont complètement imperméables à ce type de mesures".

Impunité "juste insupportable"

Le chef de la police jurassienne cite les chiffres de son canton, à l'appui de ses déclarations: tous les requérants tunisiens présents actuellement dans le Jura ont été identifiés comme auteurs d'infractions. Selon les statistiques mises à disposition de la "SonntagsZeitung" par huit cantons (AG, BE, JU, NE, SG, TI, VS, ZH), le nombre de requérants d'asile criminels a augmenté de 77% au 1er semestre 2012.

"Le sentiment d'impunité qu'éprouvent ces gens devient juste insupportable, car ce sont presque toujours des multirécidivistes", s'exclame Olivier Guéniat. Selon lui, l'explosion des délits contre le patrimoine, parfois accompagnés de faits plus graves comme des lésions corporelles ou des viols, entraîne des coûts gigantesques et crée un sentiment d'insécurité et une xénophobie préoccupants.

Intérêt politique

Les propos du policier ont trouvé une oreille attentive auprès du président de la Conférence des directeurs cantonaux de justice et police. Le conseiller d'Etat (PLR) bernois Hans-Jürg Käser a dit à l'ats pouvoir tout à fait s'imaginer une telle mesure. Il en fera part à ses collègues lors de la prochaine séance de la conférence jeudi et vendredi.

Surpris par cette proposition, l'ex-président du Tribunal fédéral Claude Rouiller précise que les droits fondamentaux n'autorisent une telle méthode invasive que pour des individus refusant de donner leur identité. Et c'est apparemment déjà possible avec la loi actuelle sur l'asile, a ajouté M.Rouiller, interrogé au journal de la radio publique romande RTS.

Celle-ci prévoit que le requérant d'asile doit participer à son identification, y compris biométrique. Ce n'est de toute façon pas aux cantons de décider, souligne-t-il. Une loi fédérale est nécessaire.