Un ex-patron de l'UBS prône la scission de la banque

L'idée d'une scission des activités de l'UBS commence à faire son chemin. L'ancien patron du numéro un bancaire helvétique, Luqman Arnold, propose de séparer la gestion de fortune de la banque d'investissement. Luqman Arnold veut élaborer pour l'UBS une stratégie «plus claire et mieux ciblée», a-t-il expliqué hier à Zurich. Le Britannique dirige la société d'investissement Olivant Advisers, qui contrôle 0,7% du capital de la banque.

05 avr. 2008, 12:00

Luqman Arnold désire rencontrer le conseil d'administration de l'UBS avant l'assemblée générale du 23 avril prochain. Dans ce but, il a écrit à Sergio Marchionne, «le plus éminent des administrateurs indépendants» du groupe, pour solliciter une réunion. S'il se dit satisfait des décisions prises en début de semaine, il souligne que certains problèmes fondamentaux demeurent.

Pour Luqman Arnold, l'UBS ne doit pas forcément vendre la banque d'investissement, mais la séparer des activités de gestion de fortune. Il suggère en outre de céder la branche de gestion d'actifs et d'autres activités comme les opérations du groupe en Océanie. Ces mesures devraient renforcer les fonds propres qui lui semblent toujours fragiles, malgré les recapitalisations lancées.

«Il s'agit de la protection de la place financière suisse», a argumenté Luqman Arnold. «Le modèle intégré de l'UBS a longtemps été couronné de succès, mais tout a été détruit en quelques mois», a-t-il ajouté. «Le modèle de l'UBS n'est pas mauvais en soit, mais ce système exige une direction fantastique», considère Luqman Arnold. «Or, la direction actuelle a causé les plus grandes pertes de l'histoire du groupe», a-t-il accusé.

Luqman Arnold propose qu'un «éminent banquier suisse au talent reconnu en matière stratégique, de gestion des risques et de communication prenne au plus vite la tête de la direction du groupe».

Peter Kurer, successeur désigné de Marcel Ospel à la présidence de l'UBS, n'est pas cette personne, juge Luqman Arnold. «C'est un excellent juriste, mais nous devons mettre un terme à ces passages automatiques entre la direction opérationnelle et le conseil d'administration.»

S'il soutiendra l'augmentation de capital lors de la prochaine assemblée générale, Luqman Arnold ne votera pas pour Peter Kurer. A ses yeux, le conseil d'administration doit dès maintenant entamer des recherches pour dénicher la perle rare.

Même si l'UBS est devenue, par l'ampleur de ses pertes, la banque du monde la plus touchée par la crise financière américaine, elle se refuse pour l'heure à envisager une scission. «Nous restons sur notre stratégie intégrée», a rappelé une porte-parole du groupe.

Luqman Arnold avait passé à peine huit mois à la tête de l'établissement. Il l'avait quitté en décembre 2001 sur un conflit de stratégie avec Marcel Ospel, qui présidait alors le conseil d'administration. Peter Wuffli l'avait remplacé.

La Bourse suisse a salué la perspective d'un démantèlement du groupe. Vers 15h30, le titre UBS progressait de 3,83% à 33,644 francs, alors que l'indice vedette SMI gagnait 0,64%. / ats