Marché du lait: l'Union suisse des paysans tire la sonnette d'alarme

Le prix du lait d'industrie payé au producteur atteint un plancher historique en Suisse.

07 août 2012, 16:10
Les exploitations laitières disparaissent à un rythme deux fois plus élevé que la moyenne, s'inquiète Jacques Bourgeois, le directeur de l'USP.

Le prix du lait d'industrie payé au producteur atteint un plancher historique en Suisse. Sans surprise après que le comité de l'interprofession (IP Lait) n'a pas pu s'entendre fin juin sur un prix indicatif pour le 3e trimestre, d'importants transformateurs viennent de baisser les prix.

Ces réductions sont "aussi incompréhensibles qu'inutiles" et "mettent en péril bon nombre d'exploitations", écrit mardi dans un communiqué l'Union suisse des paysans. L'USP n'hésite pas à parler de situation économique "désespérée" dans laquelle se retrouvent de plus en plus souvent les paysans laitiers en raison de la tension qui perdure.

Ainsi les exploitations laitières disparaissent à un rythme deux fois plus élevé que la moyenne, s'inquiète Jacques Bourgeois, le directeur de l'USP. La faîtière admet certes que des fermes disparaissent s'il n'y a pas de successeur dans la famille, une évolution des structures socialement supportable, mais elle refuse que des exploitations au bénéfice d'une taille critique meurent sous la pression économique, comme c'est le cas actuellement dans le secteur laitier.

L'heure est grave

Le discours n'est pas nouveau mais il est habituellement tenu par la Fédération des producteurs de lait ou d'autres associations similaires. Que la faîtière elle-même sorte ainsi du bois et lance un appel pressant aux organisations de producteurs et aux transformateurs montre la gravité de la situation.

La réduction atteint 2 centimes chez Emmi et 3,7 centimes chez Hochdorf. Si on se réfère aux chiffres de l'Office fédéral de l'agriculture (OFAG), cités par M.Bourgeois, certains producteurs ne devraient plus guère toucher que 55 centimes le kilo de lait ce mois. Il s'agit là d'un prix net après toutes déductions, des frais de transport notamment, qui ne couvre de loin pas les coûts de production.

En mai, le prix indicatif était encore de 66 centimes. Le montant net payé au producteur n'atteignait, lui, que 58,1 centimes, le plus bas depuis 1999, selon l'OFAG.

Grande distribution pas visée

Une fois n'est pas coutume, ce n'est pas la grande distribution qui est dans le collimateur des agriculteurs. Dans l'ensemble, les détaillants ont bien collaboré, acceptant de ne pas exercer de pression supplémentaire sur les prix comme le lui demandait l'USP, se félicite cette dernière. La baisse du montant payé au producteur n'a du reste aucun effet sur le consommateur.

C'est dans ses propres rangs que l'USP doit faire de l'ordre, plus spécialement auprès des organisations de producteurs (OP). La faîtière des paysans suisses reproche à ces OP d'exercer une pression sur les prix en produisant trop. Une stratégie à courte vue qui contribue cependant à "précipiter la spirale descendante des prix du lait". Je ne connais aucun industriel d'aucun secteur qui produit plus que le marché le demande", s'insurge M.Bourgeois.

Forte de la surproduction que leur offre ces organisations de producteurs, l'industrie laitière n'a plus qu'à faire valoir l'offre et la demande pour abaisser les prix. Et face à la désunion des producteurs au sein de l'interprofession, il leur a été facile d'empêcher que l'IP Lait parvienne à un accord sur un prix indicatif du lait d'industrie pour le 3e trimestre.

Espoir

Signe d'espoir cependant, l'assemblée de l'IP Lait devrait accepter en novembre que la Fédération des producteurs de lait réintègre l'interprofession avec deux sièges supplémentaires au comité. Une étape qui devrait rééquilibrer quelque peu les forces face à "la fuite en avant et l'égoïsme" de certaines organisations de producteurs, estime le conseiller national Jacques Bourgeois (PLR/FR).

Pour l'USP, "le temps presse. Chaque jour qui passe sans réaction des organisations concernées sonne le glas de nouvelles exploitations laitières. Les acteurs de la branche, organisations de producteurs en tête, doivent absolument respecter les règles fixées, à commencer par la segmentation du marché, premier garde-fou à la surproduction.