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L'heure est encore au sourire

Au premier semestre, les 24 banques cantonales ont réalisé d'excellents résultats et accueilli une multitude de fonds, largement sortis des grands établissements. Mais la tendance commence à s'inverser.

16 oct. 2009, 04:15

Elles surfent sur la crise depuis 18 bons mois, les banques cantonales. Hier matin, à Zurich, l'Union des banques cantonales suisses (UBCS) n'a d'ailleurs pas manqué de résumer le scénario qui se joue depuis que la crise financière a touché le pays. Concentrées sur le marché national, protégées par la «garantie d'Etat» dont jouissent la plupart d'entre elles, les banques cantonales ont en effet drainé, semaine après semaine, des milliers de clients des grandes banques - UBS surtout et Credit Suisse un peu - déçus ou apeurés.

«Dans cette crise, nous ne sommes pas des victimes, nous sommes gagnants», tranche ainsi Paul Nyffeler, président de l'UBCS. Un discours qui se traduit en chiffres: sur les six premiers mois de l'année, les 24 établissements cantonaux du pays ont enregistré un afflux de dépôts record de 14 milliards de francs. Hanspeter Hess, directeur de l'UBCS, bombe d'ailleurs le torse: «Jusqu'ici, notre place financière a relativement bien supporté la crise. Ce résultat positif repose sur la stabilité d'affaires des banques cantonales et sur leur disponibilité à soutenir l'ensemble de la branche et de l'économie suisse.» Un soutien qui passe par exemple par l'octroi de crédits sur un marché interbancaire que le manque de confiance avait asséché.

Beaucoup d'autocongratulation, donc, dans le discours des dirigeants de l'UBCS. Peut-être parce que ceux-ci sentent que la fenêtre d'opportunité ouverte par la crise pourrait bientôt se refermer. Au cours de l'année écoulée, les banques cantonales, tout comme les Raiffeisen ou PostFinance, ont grandi sur le désamour des grandes banques. Mais la finance mondiale s'est calmée, Credit Suisse a retrouvé les chiffres noirs il y a six mois et, en se retirant d'UBS, la Confédération a validé l'opération de sauvetage de l'établissement.

Conséquence de cette normalisation, les banques cantonales (entre autres) perdent un peu du lustre que leur avait conféré la crise. Si bien que les flux de clientèle ne sont plus unidirectionnels. Responsable de la région romande de Credit Suisse, Jean-Luc Rochat le relève: «Dès que nos résultats sont redevenus positifs, la confiance de la clientèle est remontée, même si nous n'avions pas enregistré de départs importants. Depuis plusieurs mois, nous observons clairement l'arrivée de clients qui, auparavant, auraient hésité à faire appel à nos services.» Très mobiles, les clients institutionnels, sont les premiers à être revenus chez Credit Suisse.

Evolution visiblement similaire chez UBS, fortement touchée par les départs de clients. «Beaucoup de ceux qui ont retiré des fonds nous ont dit qu'ils étaient désolés. Et qu'ils reviendraient quand la situation de la banque se serait améliorée», raconte un cadre, qui préfère encore rester discret. «Aujourd'hui, nous sentons les premiers retours. Et je pense qu'on pourra récupérer une bonne part de ce qui est parti. Mais il est trop tôt pour crier victoire parce que, dans l'ensemble, il se peut que le solde soit encore négatif sur le troisième trimestre.»

En face, l'UBCS se montre sereine. «Tous les clients arrivés pendant la crise ne resteront pas dans les banques cantonales lorsque celle-ci sera terminée. Mais je pense que nos établissements sauront en fidéliser une grande partie», suppose le directeur Hanspeter Hess. «En tout cas, de notre point de vue, le phénomène de reflux n'est pas encore perceptible.»

Les établissements du groupe sont donc encore au sommet de la vague. Et avant d'en redescendre, ils veulent profiter de leur élan pour donner de la voix. Car si les «petites» banques sont aujourd'hui portées par la crise, elles en redoutent l'héritage. Que ce soit en terme de garanties de dépôts, de rémunérations ou de niveaux de fonds propres, le régulateur entend serrer la vis. Les banques cantonales craignent dès lors d'être écrasées par de nouvelles contraintes administratives. Des contraintes qu'elles estiment superflues pour leur modèle (taille modeste, activité en Suisse) et injustes, puisqu'elles n'ont pas commis les fautes qui appellent ces nouvelles règles. /LBO

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