Début de la grand-messe horlogère entre euphorie et inquiétude

Début aujourd'hui de Baselworld, la semaine où le monde horloger entre en transe. Le plus grand rendez-vous mondial du genre est partagé entre l'euphorie des dernières années et la crainte des incertitudes économiques du futur. C'est ce matin que la conseillère fédérale Doris Leuthard donnera à Bâle le coup d'envoi du 36e salon mondial de l'horlogerie et de la bijouterie. Baselworld, c'est la grand- messe de la montre, là où se concluent la majeure partie des affaires de l'exercice à venir. Et les affaires sont bonnes. 2007 a même été une année exceptionnelle, celle de tous les records. En Suisse, les exportations horlogères ont bondi à 16 milliards de francs grâce à 16% de croissance. Sur quatre ans, la progression a été de plus de 50%! Ainsi, à l'heure où les acheteurs du monde entier viennent fouler les moquettes de Baselworld pour faire leurs emplettes annuelles, le ton est toujours à l'euphorie. Mais une euphorie teintée d'une certaine inquiétude.

03 avr. 2008, 12:00

Crise des subprimes aux Etats-Unis et menaces de récession viennent assombrir le ciel bâlois, à l'image des noirs nuages qui, hier, plombaient l'atmosphère au-dessus de la foire en proie aux derniers préparatifs. Le sujet était sur toutes les bouches hier dans les travées du salon qui s'éveillait. Président du comité mondial des exposants du salon, l'indéboulonnable Jacques Duchêne l'a aussi relevé devant la presse. «Nous avons besoin de demeurer lucides et pragmatiques car notre industrie et notre économie pourraient être fragilisées à tout instant, nul n'étant à l'abri d'événements affectant nos projets de développement. La crise des subprimes est loin d'être résolue. Elle va certainement perdurer pendant un laps de temps indéterminé. Elle a déjà des répercussions sur nos économies et va générer des problèmes d'une rare complexité.»

Un avertissement que l'intéressé a très rapidement nuancé. Car les chiffres d'exportation des deux premiers mois de l'année sont plus qu'encourageants. En outre, les difficultés annoncées sur l'économie en Amérique du Nord, qui reste encore le plus grand marché pour l'horlogerie suisse, seront sans doute compensées par les taux de croissance faramineux des marchés émergents. Chine, Russie, Inde ont d'ores et déjà largement fait oublier les récents hoquets étasuniens. «Donc, les Etats-Unis ne sont pas si importants que cela», a souligné François Thiébaud, président du comité des exposants suisses.

Il n'empêche: si l'on ne veut pas prononcer le mot de récession, le tassement conjoncturel annoncé n'est pas craint par la profession. «Au contraire, il serait presque bienvenu», confie un observateur privilégié du monde horloger. En effet, les affaires se développant, les industriels du monde horloger ont dû consentir à d'importants investissements. Et malgré cela, «les délais de productions s'allongent, la main-d'?uvre se raréfie et nous sommes à la merci d'une situation qui peut évoluer dans l'autre sens», a relevé encore Jacques Duchêne, qui immédiatement a tempéré son propos: «Heureusement, nous n'en sommes pas là». Pour sûr, l'heure est avant tout au business! / PDL