Votations fédérales du 7 mars 2021

Libre opinion: nos lecteurs écrivent sur la burqa et l’Indonésie

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Votations fédérales La campagne des votations fédérales du dimanche 7 mars touche à sa fin. Nos lecteurs s’expriment une dernière fois sur l’initiative «Interdiction de se dissimuler le visage» et l’accord sur le partenariat économique avec l’Indonésie.

 02.03.2021, 16:00
Le port de Jakarta: l'économie indonésienne devrait connaître une croissance de près de 5% en 2021. L'AELE, la Suisse comprise, veut en profiter avec un accord de libre-échange.

«Allons nous faire preuve d’ignorance?»

Enfants, nous avions appris qu’il était impoli de ne pas regarder dans les yeux les personnes en les saluant. Plus tard, vivant au cœur de l’Afrique, nous avions appris que là-bas regarder les gens dans les yeux était une impolitesse et même une provocation. Nous nous étions adaptés.

Dans l’histoire de tous les peuples, des habitudes nées de circonstances oubliées ont peu à peu forgé la culture, qui n’est pas une somme de connaissances scolaires, mais l’art de vivre en harmonie avec nos semblables et notre milieu naturel. L’inculte, le «sauvage» (du latin silva, la forêt), est l’«homme des bois» qui vit seul, apeuré, sur la défensive et fermé à tout ce qui ne lui ressemble pas.

Des sauvages, nous le deviendrions un peu plus si le 7 mars nous disions oui à ceux qui veulent interdire la burqa, faisant de l’exclusion une loi de notre pays et voilant surtout leur rejet de l’islam en général.

Mais savent-ils que ce vêtement particulier n’a rien à voir avec l’islam et n’est pas davantage un étendard politique? Il est apparu au fil des siècles au cœur du Moyen-Orient comme une réponse pratique au milieu naturel hostile fait de poussière, de sable et de soleil brûlant.

Est-ce d’ailleurs féministe de vouloir empêcher les femmes de s’habiller comme elles veulent?

C’est bien plus tard qu’il fut intégré, comme beaucoup d’autres choses, comme normal par la nouvelle religion de cette partie du monde, l’islam, mais vous le chercherez en vain dans le Coran même lorsqu’il propose un regard différent du nôtre sur la femme et la morale. C’est récemment que quelques confréries sectaires l’ont vu comme un outil d’enfermement des femmes.

Ce sujet mérite d’autres réponses! Est-ce d’ailleurs être féministe que de vouloir empêcher des femmes de s’habiller comme elles le veulent? On ne voit pas de burqa dans l’immense majorité des peuples musulmans, où elle serait inadaptée au climat et loin des habitudes locales.

Toutes les religions ont leurs extrémistes, qui aiment se montrer et se «déguiser». Allez à Ecône, en Valais, vous y verrez des hommes sévères vêtus de grandes robes noires: faut-il aussi une initiative pour les interdire, car ils pourraient cacher des mitraillettes, et pendant qu’on y est interdire aussi les capets d’armaillis qui ressemblent aux kippas juives, les strings, le naturisme et les longues barbes?

Un étendard politique? Quelques imams enragés ont envoyé au «djihad» de jeunes désemparés en leur promettant le paradis: drames de la misère et de l’ignorance, absolument pas représentatifs du monde musulman en général.

Allons-nous donc, paniqués parce qu’une trentaine de femmes, dont nous ne savons rien et à qui nous n’avons jamais parlé pourraient fouler notre sol vêtues d’une manière insolite, faire preuve d’autant d’ignorance et d’intolérance? Apprenons plutôt à vivre ensemble et à accueillir les différences comme autant de richesses. Balayons donc cette détestable initiative qui nous fait retourner à l’état sauvage.

Jean-Claude Murith, Corcelles

Oui à un accord progressiste

Nous voterons le 7 mars prochain sur l’accord de libre-échange entre les pays de l’AELE (Suisse, Norvège, Islande, Liechtenstein) et l’Indonésie. Cet accord est pionnier en matière de développement durable. Ce dernier est une chance de montrer l’exemple et de modifier les règles du commerce international.

Porté principalement par la Suisse, c’est la première fois que l’Indonésie s’engage à respecter des règles juridiquement contraignantes en matière de durabilité, l’accord contient notamment un chapitre avec des dispositions ambitieuses en la matière. Les règles se basent sur des normes de durabilité reconnues et pour la première fois contraignantes, en vertu du droit international.

L’accord soutient également les PME exportatrices suisses, soumises à des droits de douane élevés. Grâce à l’accord de libre-échange, 98% des taxes seront supprimées à moyen terme. Ni l’Union européenne, ni les États-Unis n’ont signé un accord avec l’Indonésie, les quelque 96 000 PME exportatrices suisses auront donc un avantage concurrentiel décisif. Par ailleurs, ce traité est plébiscité par beaucoup de politiciens de tous les bords, gauche et droite, de plus, plusieurs grandes ONG écologiques, telles que WWF, Greenpeace, SwissAid, ne soutiennent pas le référendum lancé par les opposants à l’accord.

C’est pour toutes ces raisons que je voterai «oui» à l’accord de libre-échange entre l’AELE et l’Indonésie.

Alex Ferreira, Boudry

«On peut imaginer un dialogue»

Incroyable document du photographe Anil Prabhakar (En savoir plus: à voir ici): on y voit un orang-outan tendre la main à un homme tombé dans une mare de boue. Devant ce geste d’entraide, on peut imaginer ce dialogue entre les deux primates, l’un dit sauvage (S), l’autre dit civilisé (C).

S: Alors cousin, puis-je te secourir?

C: Ben… je… je viens voir comment se porte la forêt.

S: Attrape déjà ma main, entre primates, on peut s’aider. Je te ferai ensuite un rapport sur cette question.

C: C’est que tu m’impressionnes! Mais…

S: Et hop! Te voilà sur terre ferme! Enfin, ce qu’il en reste car tu le sais certainement, la production d’huile de palme a presque complètement détruit notre habitat.

C: Mon pays propose justement qu’on réglemente cette exploitation…

S: … tout en augmentant les échanges commerciaux par la mondialisation et en cautionnant la monoculture! Tu rigoles… il n’y a qu’une façon de nous protéger et de vous respecter, c’est de ne plus acheter cette huile de mauvaise qualité. Vous n’êtes pas capables de produire de l’huile en Suisse? Il faut favoriser les circuits courts, la production et la consommation locale, c’est un impératif de durabilité et de préservation des ressources.

C: Oui, mais nous, on a aussi besoin de la croissance de nos exportations.

S: Espèce de civilisés, vous n’avez que le mot «croissance» à l’esprit! Abattre une forêt, c’est amorcer une bombe à virus et augmenter le CO2. Ainsi, donc, l’avertissement du Covid ne vous a rien appris?

C: Avertissement? Que veux-tu dire par là! C’est juste une grippe qu’on va bientôt vaincre grâce aux pharmas et leurs vaccins!

S: Balivernes! Illusions! C’est beaucoup plus grave que tu ne le penses. Cela fait cinquante ans qu’on vous le dit: il n’y a pas de croissance infinie dans un monde fini. Ce n’est pas compliqué à comprendre, non? Le dérèglement dramatique du climat, la disparition catastrophique de la biodiversité, l’apparition de nouveaux virus… ce sont juste des conséquences de votre avidité, de votre rapacité et de votre ignorance.

C: Mais c’est dans la nature même de l’homme civilisé de vouloir toujours davantage de biens matériels.

S: Et c’est dans ma nature sauvage de vouloir vivre! Allez, hop… retourne dans ta fange!

PLOUF!

Jean-Paul Gygax, La Chaux-de-Fonds

«Un effet délétère sur la santé»

Déforestation, expropriation de petits agriculteurs, utilisation massive d’engrais et pesticides, profits pour grosses firmes… La production d’huile de palme nous fait penser à ces termes.

Mais quel impact aura cet accord sur l’agriculture suisse? L’huile de palme bon marché concurrence directement la production d’oléagineux en suisse (colza et tournesol principalement) et de matière grasse d’origine animale, le beurre. Ces sources peuvent être produites localement et de façon durable. Les prix du lait et des cultures ne couvrant déjà pas les coûts de production suisses, une baisse des prix due à ces importations aurait des conséquences néfastes. L’huile de palme, matière grasse bon marché, est utile pour ces mêmes industries qui mettent sous pression nos agriculteurs en Suisse. Et le plus étonnant, c’est que l’Union suisse des paysans soit favorable à cet accord…

On parle énormément d’assurer un haut taux d’autoapprovisionnement, d’importations de produits agricoles avec des normes de productions inexistantes ou faibles… Même si à l’heure actuelle, les importations d’huile de palme depuis l’Indonésie sont proportionnellement faibles, un accord de libre-échange créerait un appel d’air pour les importations depuis ce pays. En plus, le label RSPO, qui doit attester du respect des conditions de durabilité de la production indonésienne ne prévoit pas de mécanismes de contrôle et de sanction efficaces.

L’huile de palme est seulement un petit volet de cet accord, mais notre agriculture ne doit pas servir de monnaie d’échange pour le reste de l’économie. Elle doit faire partie de l’équation et ne pas être bradée. En cas d’acceptation de l’accord, l’économie suisse sera certainement gagnante, mais avec un effet délétère sur l’agriculture et la santé en général.

Olivier Gerber, Les Reussilles


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