Spécial Habitat
 26.10.2018, 08:01

Magazine "Spécial Habitat": deux millions de Suisses vivent dans plusieurs domiciles à la fois

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Dossier "Spécial Habitat" 1/4 La mobilité des Suisses a fortement augmenté. Ils sont nombreux à vivre aujourd’hui dans plusieurs logements simultanément.

Les Suisses sont devenus plus mobiles et font les trajets entre plusieurs domiciles.

Home sweet home (Foyer doux foyer). Oui, mais lequel? Loin d’être triviale, la question traduit un véritable phénomène de société, puisque 28% de la population suisse, soit deux millions de personnes, vivent dans plus d’un logement au moins une semaine dans l’année. C’est ce qui ressort d’une étude publiée en 2015 par le Forum pour l’habitat de l’Ecole polytechnique de Zurich en collaboration avec l’Université de Bâle et la Haute école de Lucerne. Parmi les 3200 personnes de 15 à 74 ans interrogées alors, 68% possédaient deux domiciles, 23% trois et 9% quatre ou plus.

Le dossier de notre supplément "Spécial Habitat" explore les divers aspects de ce néo-nomadisme. La multirésidentialité chevillée au corps depuis son plus jeune âge, un directeur d’entreprise raconte comment il partage justement sa vie entre quatre domiciles répartis dans les cantons de Fribourg et du Valais. L’éducation, mais aussi les choix professionnels expliquent ce mode de vie plutôt atypique.

Quand certains multiplient les points de chute, d’autres ont décidé de voyager avec leur maison. C’est le cas d’un Vaudois, qui a fait de son camping-car une sorte de résidence secondaire depuis un quart de siècle. Ce type d’habitat éphémère quelque peu tombé en désuétude s’offre aujourd’hui un retour en grâce. Néanmoins, de tels modes de vie impliquent un certain nombre de contraintes, qu’il s’agit de gérer au mieux pour éviter que la liberté volontiers attribuée au nomadisme ne se transforme en carcan administratif.

Chalet à la montagne

Comment expliquer que la mobilité résidentielle réservée il n’y a encore pas si longtemps aux gens du voyage comme les Yéniches – cette minorité nationale qui possède un mode de vie nomade séculaire – soit devenue l’apanage de près d’un tiers de la population suisse? «Les deuxièmes résidences servent essentiellement aux loisirs», constate Cédric Duchêne-Lacroix, sociologue à l’Université de Bâle et coauteur de l’étude susmentionnée. La tradition du chalet à la montagne a donc toujours la cote, même si cette dernière sera à la baisse à l’avenir, prédit le scientifique.

 

Les deuxièmes résidences servent essentiellement aux loisirs.
Cédric Duchêne-Lacroix, sociologue à l’Université de Bâle

 

La modification de la cellule familiale et des couples en général favorise aussi la hausse des multirésidents. L’augmentation des divorces et la tendance à la garde partagée obligent les enfants à vivre dans au moins deux lieux différents. Par ailleurs, l’émancipation de la femme a pour conséquence que chaque membre du couple tient à son indépendance et veut conserver son logement. Bien que de manière moins prépondérante, travail et formation jouent aussi un rôle dans la multiplication des adresses.

Précarité de l’emploi

La multilocalité touche davantage les jeunes – ils sont près de 40% à vivre dans plusieurs habitats à la fois. Ces derniers habitent souvent simultanément en colocation ou dans un studio, chez leurs parents, voire encore dans certains cas chez leur partenaire. Un mode de vie qui génère forcément des frais. «Plus on a d’argent, plus on est susceptible d’être multilocal», constate Cédric Duchêne-Lacroix.

On pourrait donc en déduire qu’il s’agit avant tout d’un choix, mais en réalité la multirésidentialité s’apparente plutôt à une contrainte, ainsi que le note Vincent Kaufmann, professeur de sociologie urbaine et d’analyse de la mobilité à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL). «Ce sont surtout les classes moyennes et défavorisées qui pratiquent la multilocalité. A cause de la difficulté de se loger en ville, les gens sont contraints de s’éloigner des centres urbains qui concentrent justement l’essentiel des places de travail. En somme, la crise du logement d’une part, et la précarité du marché de l’emploi d’autre part, favorisent la multirésidentialité.»

 

La crise du logement d’une part, et la précarité du marché de l’emploi d’autre part, favorisent la multirésidentialité.
Vincent Kaufmann, professeur de sociologie urbaine et d’analyse de la mobilité à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL)

 

Par conséquent, rien d’étonnant à voir le multihabitat repartir à la hausse dès la cinquantaine, un âge où trouver un emploi devient plus difficile. «La multirésidentialité ne se pratique pas sur de longues périodes, mais par séquences courtes qui se multiplient dans la vie», précise-t-il.

Plusieurs attaches

Qu’elle soit contrainte ou voulue, la multilocalité permet-elle d’être attachée de la même manière à ses divers lieux de vie? Selon Cédric Duchêne-Lacroix, on observe trois cas de figure: les personnes qui ont autant d’attaches que de résidences, celles qui sont plus attachées à un endroit qu’à un autre, et enfin celles qui ne sont intégrées nulle part.

Si le «multiattachement» existe bel et bien, il ne se manifeste pas de la même façon à chaque endroit, à en croire Vincent Kaufmann. «L’attachement est thématisé en fonction du lieu. L’un, fonctionnel, sera associé au travail, tandis qu’un autre, hédonique, sera lié à la famille et aux amis.»

Trois questions à Vincent Kaufmann, professeur de sociologie urbaine et d’analyse de la mobilité à l’EPFL

 

1. Quel est l’impact de la multilocalité sur le marché immobilier?

Elle fait consommer de plus gros espaces résidentiels. Le marché des studios dans les grandes villes est phagocyté par les multilocaux au détriment des étudiants.

2. Le secteur immobilier a-t-il pris conscience du phénomène?

On trouve peu de traductions concrètes en termes architecturaux d’une prise en compte de la hausse de la multilocalité.  On constate une certaine frilosité des milieux immobiliers à ce sujet.

3. La tendance de la multilocalité va-t-elle se poursuivre?

On va sans doute atteindre un pic de l’hypermobilité. Le stress et la fatigue incitent les gens à ralentir. Ils veulent revenir à un niveau plus local et s’ancrer quelque part.


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