Le face-à-face

Covid-19: la Confédération en fait-elle assez?

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Soutiens financiers Un milliard de francs pour les cas de rigueur, des crédits bancaires garantis par l’Etat, soutien au sport et à la culture: la Confédération en fait-elle assez pour les Suisses en termes financiers? Andreas Jurt, associé et partenaire chez Pegasus, député PLR au Grand Conseil, et Antoine de Montmollin, économiste et député PS au Grand Conseil en débattent.

 03.12.2020, 18:21
Le conseiller fédéral chargé des finances, Ueli Maurer.

Andreas Jurt: «Oui, parce que la politique du Conseil fédéral est intelligente»
Oui, parce que la politique du Conseil fédérale est intelligente. Pour les cas des rigueurs, il a fait un très bon
travail. Les crédits Covid des banques garantis par l’Etat, c’est un coup de génie. Mais 40% de ces crédits n’auraient pas dû être accordés car certaines entreprises étaient déjà dans une situation financière déficiente. Cette politique de l’arrosoir, on ne peut la faire qu’une fois. Il faudrait aussi que ça soit un peu plus rapide. Il y a un problème de temporalité.

Si la Suisse a déjà dépensé l’équivalent de 11% du PIB, l’Allemagne en a dépensé 40%, mais je maintiens que la Suisse a fait tout juste.
Par rapport au PIB, l’endettement mondial, tous pays confondus, atteint 350%. Nous sommes tout juste à 25%. Nous avons une immense marge de manœuvre.

Il faut oublier le dogmatisme. Emprunter, si c’est pour une politique intelligente, je dis oui. Nous devons mettre le paquet sur la recherche et l’innovation.

Nous pourrions aussi dissoudre 6 des 11 milliards de réserves des caisses-maladie pour soulager les assurés et les subsides des cantons. Finalement, il faudrait négocier avec la Banque nationale pour qu’elle soulage les cantons pendant deux ans.

Augmenter les impôts? En aucun cas parce qu’il faut soutenir, voire au moins maintenir, le pouvoir d’achat. Il y a beaucoup d’étrangers qui veulent venir en Suisse. Même avec l’abandon du secret bancaire et l’échange automatique d’informations, la Suisse a gagné beaucoup en attractivité. Si nous pouvons agrandir le gâteau au lieu de presser le citron, ça peut attirer certains contribuables, qui participeraient au paiement des factures.

Pour le canton de Neuchâtel, je suis plus pessimiste. Sa marge de manœuvre est extrêmement limitée. C’est là que la Confédération devrait intervenir, notamment au travers des effets conjoncturels, de la BNS et de la péréquation.

Antoine de Montmollin: «Non, la mission n’est pas remplie. Pour l’instant, ce n’est pas assez»
Le milliard de francs pour les cas de rigueur va dans le bon sens mais sur la question des loyers commerciaux par exemple, non. L’engagement des autorités fédérales ne doit laisser personne de côté. La mission n’est pas remplie. Pour l’instant, ce n’est pas assez. D’autres mesures sont nécessaires: l’indemnisation à 100% du chômage partiel pour les bas revenus; il faut revoir en priorité les aides dans le domaine de la culture ainsi que le soutien au personnel de la santé.

Il y a aussi ceux dont on ne parle pas, dont les étudiants. Ils ne sont pas touchés directement par les fermetures mais perdent des emplois souvent précaires et ont de la peine à s’insérer sur le marché du travail. Ça peut faire du mal pour toute une vie.

Au niveau de la Confédération, il y a une très grande marge pour s’endetter davantage. Le niveau d’endettement est bas et les taux d’intérêt quasi nuls. Emprunter est tout à fait envisageable pour passer le cap. A terme, la question de la répartition du coût de la crise qui va se poser. Tout le monde n’est pas égal face à elle. On voit par exemple que certaines grandes fortunes se renforcent.

Le canton de Neuchâtel a moins de marge manœuvre de par sa taille et l’état de ses finances. La Confédération est le seul acteur qui peut mettre en place une politique économique de grande ampleur. Pour le canton, dans le domaine de la santé, il y a un effort à faire. Ce sont des métiers essentiels et peu reconnus.

Globalement, l’analyse que je fais est que 80 à 90% de l’économie ne seront pas fondamentalement changés par la crise. Une fois l’épidémie mise sous contrôle grâce aux vaccins, les gens retourneront au travail, au restaurant, au concert. Le rôle de l’Etat est d’aider ces secteurs à passer l’obstacle.

Par contre, 10% de l’économie nécessitera des changements profonds. Les agences de voyages, une partie de l’industrie du tourisme, les voyages d’affaires, par exemple. Il s’agira là d’accompagner le changement, notamment vers plus de durabilité. La Covid-19 aura accéléré leur mutation.


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