Présidentielle américaine: les sondages n’ont pas vu la résistance de Trump

Pour Donald Trump, le ratage des sondeurs est «historique». Si le verdict dépendra du vainqueur final, les sondages, après la débâcle de 2016, ont de nouveau nettement sous-évalué la résistance phénoménale de la base trumpiste.
05 nov. 2020, 11:19
/ Màj. le 05 nov. 2020 à 11:23
Les sondages prédisaient une victoire facile à Joe Biden, en réalité, le résultat, très serré, n'est toujours pas connu, deux jours après l'élection.

 

 

La difficulté de sonder l’Amérique dans une Weltanschauung libérale

Si les sondages n’ont pas vu la résistance de Donald Trump, c’est en partie à cause d’une vision du monde libérale qui biaise les prédictions, estime un expert. Un autre soulève le problème des groupes d’électeurs qui sont mal distingués et donc mal sondés, comme les Hispanniques par exemple.

Avec les sondages aux Etats-Unis, il y a encore et toujours un décalage entre les prédictions et la réalité, selon Boris Vejdovsky, maître d’enseignement en littérature et culture américaine à l’Université de Lausanne. «Car on se fie à une Weltanschauung libérale qui n’est pas représentative de la réalité sur le terrain», ajoute l’expert, interrogé par Keystone-ATS.

Le vote par correspondance

M. Vejdovsky rappelle que les Etats-Unis sont un pays très conservateur du fait des immenses zones rurales entre les deux côtes Est et Ouest. Il reconnaît en même temps qu’il n’y a pas d’explication simple avec le phénomène Trump et la personnalisation de la politique qu’incarne le 45e président américain.

Paul Vallet, historien, politologue et chercheur associé au Geneva Center for Security Policy, spécialiste lui aussi des Etats-Unis, voit un autre paramètre en cette année 2020. Les sondeurs ne sont pas encore assez outillés pour gérer les conséquences du vote par correspondance, selon lui.

Pas tout faux

«Il y a ce vrai dilemme à anticiper une forte mobilisation pour le vote par correspondance du côté démocrate et parallèlement une forte mobilisation en présentiel du côté républicain», observe-t-il. «Mais si on y regarde de plus près, les prédictions des sondages n’ont pas complètement démenti le résultat dans plusieurs Etats», nuance-t-il aussi.

David Sylvan, professeur de relations internationales et de science politique à l’Institut des hautes études internationales et du développement (IHEID) à Genève est aussi plus nuancé. «Il y a quatre ans, ils ont sous-estimé la participation des hommes blancs sans diplôme universitaire. Cela a fait la différence de quelques points dans le Wisconsin, le Michigan ou la Pennsylvanie. Les sondeurs ont corrigé cela cette année», explique-t-il dans Le Temps.

L’autre erreur de 2016, c’était la participation des Afro-Américains et des Latinos. Sur ce point, ils ont refait la même erreur.
David Sylvan

.Il y a des groupes d’électeurs qui sont mal distingués et donc mal sondés, renchérit M. Vedjovsky. Les Hispanniques par exemple: ils ne sont pas les mêmes dans l’Ouest américain – Californie, Arizona, Nevada et Colorado – et en Floride. Dans cet Etat, il y a une forte communauté hispanique qui est anti-Cuba et anti-Venezuela, donc plus sensible aux arguments anti-socialistes qu’aux questions d’immigration.

par Nicole Cajeux