Eclairage
 27.05.2020, 17:00

Eclairage: «Etrange libéralisme»

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Les entreprises, selon Alaric Kohler, sont surtout axées vers le profit et non l’emploi.

Concept Des universitaires nous éclairent sur des sujets d’actualité, de société ou de recherche. Aujourd’hui, Alaric Kohler, chercheur à la Haute Ecole pédagogique Bejune, évoque le libéralisme et les entreprises.

Le 6 mai, le Conseil des Etats a refusé l’interdiction du versement de dividendes aux entreprises bénéficiant du chômage partiel. Étrange libéralisme que celui qui crie au scandale contre l’ingérence de l’État lorsqu’il fait diminuer les profits pour le bien de tous (voir, par exemple, l’initiative pour des multinationales responsables), et qui crie à l’aide lorsque les profits escomptés ne sont pas au rendez-vous, qui justifie les salaires exorbitants des dirigeant-e-s et les dividendes des millionnaires par la prise de risque et leurs responsabilités, et qui se fait sauver par l’injection de milliards issus des impôts lorsque cette prise de risque conduit à la faillite de l’auto-déclarée responsabilité précitée…

Ne faudrait-il pas, si l’on est libéral, accepter que l’augmentation du trafic aérien en pleine crise climatique était une idée trop risquée dont le virus – provoqué et répandu par la course au profit, le consumérisme et le tourisme effréné – marque le coup d’arrêt, et que ces affaires-là, comme les investissements dans les forages pétroliers, sont arrivées à leur terme historique?

Selon le principe cher au libéralisme de libre concurrence, ne devrait-on pas dès lors partir sur de nouvelles opportunités, en s’adaptant au fait que l’économie de la croissance appartient désormais au passé et que le système économique doit s’adapter à son bilan – un autre principe cher au libéralisme – quitte à supprimer la bourse et sa spéculation et se réorienter vers des activités viables économiquement, comme la production de nourriture?

Les entreprises n’ont en effet jamais eu pour vocation de créer des emplois.

Pour soutenir la population en pleine crise, ne serait-il pas plus libéral de distribuer l’argent aux moins bien lotis des contribuables pour qu’ils puissent chacun – en libre concurrence – l’investir dans ce qui leur paraît le plus important et que l’on puisse ainsi laisser faire le marché et observer sa restructuration sur l’essentiel, plutôt qu’injecter des milliards dans les grandes entreprises et doper le système à crédit, en prétendant que l’on peut continuer à vivre comme avant et continuer d’enrichir les actionnaires sous couvert de sauver cet étrange anonyme qu’on appelle «économie»?

Hormis quelques exceptions sous la forme de coopératives à but non lucratif – dont un hôpital neuchâtelois conduit en faillite par défaut de paiement par l’Etat – les entreprises n’ont en effet jamais eu pour vocation de créer des emplois, ni d’assurer aux citoyens leur subsistance, et encore moins leur bonheur: leur seule vocation (légale) est le profit, et elles ne s’empêcheront pas de licencier après avoir reçu l’argent de l’Etat, non seulement pour assurer leur bilan – ce qui se comprend bien – mais également dans l’unique but d’augmenter la part de profit, c’est-à-dire le revenu des riches détenteurs de capitaux confortablement anonymes.

Etrange libéralisme que celui qui donne aux plus riches des profits garantis, et aux autres une galère assurée (à crédit). Mais quand il s’agit de défendre l’enrichissement des millionnaires, nous ne sommes visiblement pas à une contradiction près, et tant pis pour celles et ceux qui s’évertuent leur vie durant à tenter d’éduquer leurs enfants et petits-enfants à une pensée rationnelle un tant soit peu cohérente.


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