Eclairage
 20.03.2019, 16:00

Eclairage: «Criminaliser la prostitution: fausse bonne idée!»

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Certains milieux prônent une criminalisation de la prostitution, notamment de la clientèle.

Droit Des universitaires nous éclairent sur des sujets d’actualité, de société, ou de recherche. Aujourd’hui, André Kuhn du Centre romand de criminologie, Université de Neuchâtel, évoque la criminalisation de la prostitution.

Criminaliser la prostitution dans le but de l’éradiquer relève d’une méconnaissance évidente d’une constante criminologique: criminaliser un comportement n’a jamais permis de faire disparaître ledit comportement. Sinon cela ferait longtemps que nous n’aurions plus de voleurs, de fraudeurs ou d’autres tricheurs en tous genres.

Certes, la criminalisation rend un comportement plus difficile car il faudra trouver un moyen de le cacher. Mais justement, pour certains comportements tels que la prostitution, le fait de les cacher en augmente le risque.

Pourquoi vouloir éradiquer la prostitution? «Pour protéger la dignité des personnes qui s’y adonnent», répondent certains bien-pensants…
Mais s’il est vrai que les travailleuses et les travailleurs du sexe vivent souvent dans la détresse et la misère sociales, ce n’est pas en leur retirant une source potentielle de revenu qu’on les sortira de cette détresse.

 

Ce n’est pas en leur retirant une source potentielle de revenu qu’on les sortira de cette détresse.
 

Les tenants de la criminalisation retournent en effet le sens de la causalité en faisant croire que la prostitution génère la misère sociale, alors que la réalité est bien plus souvent inverse: la détresse sociale peut mener à la prostitution.

Dans le but de ne pas «enfoncer» davantage des personnes en situation de précarité en les criminalisant, la «nouvelle» idée est aujourd’hui de criminaliser la clientèle. Toutefois, cela revient à lui donner encore plus de pouvoir sur la personne qui – malgré une interdiction – se prostituera tout de même pour tenter de se sortir de sa situation de détresse. Vu que les client(e)s prendront un risque pénal, ils/elles exigeront davantage de la personne s’adonnant à la prostitution, attentant ainsi encore plus à sa dignité, voire à sa santé.

Les tenants de la criminalisation semblent oublier que les pressions faites sur des personnes qui s’adonnent à la prostitution par un(e) client(e) ou par un(e) proxénète sont déjà punissables. Il existe ainsi des dispositions pénales réprimant la contrainte, l’encouragement à la prostitution, l’abus de la détresse, la traite d’êtres humains, etc.

Si toutes ces dispositions ne permettent pas d’éradiquer la prostitution sous pression, ce n’est pas l’ajout d’une nouvelle infraction qui le permettra!


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