Eclairage
 28.05.2018, 17:01

Eclairage: "A la télévision, 'Le Prisonnier' en avance sur son temps?"

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La série "Le Prisonnier", écrite et interprétée par Patrick McGoohan (à gauche) est apparue sur les écrans il y a 50 ans.

Société Nos journalistes mettent en perspective des sujets d'actualité régionale, nationale ou internationale avec des analyses ou des éclairages. Aujourd'hui, Daniel Droz évoque les 50 ans de la série TV britannique "Le Prisonnier".

"Le Prisonnier" a cinquante ans. Un chef-d’œuvre "télévisionniaire", dit le journaliste Alain Carrazé, qui lui a consacré un livre en 1989. 

Rapidement, le pitch de cette série TV britannique: un agent secret démissionne; il est enlevé et se réveille dans un village pour le moins baroque; il devient Numéro 6; Numéro 2 et ses sbires veulent des renseignements; il se révolte, veut savoir qui est Numéro 1 et tente de s’échapper à chacun des 17 épisodes.

"Je ne veux pas me faire ficher, estampiller, enregistrer, classer puis déclasser ou numéroter, ma vie m’appartient", lâche Patrick McGoohan, acteur principal mais surtout auteur de la série. Cinquante ans après, la phrase entre étrangement en résonance avec le présent. La vie dans ce village de fiction, où tous les résidents, hormis Numéro 6, acceptent leur sort, ressemble à s’y méprendre à la dictature "douce" des réseaux sociaux. En quelque sorte, elle anticipe Facebook.

"Serions-nous comme ces habitants numérotés, résignés, brisés de l’intérieur, acceptant que nos vies soient sous contrôle permanent, prisonniers consentants d’un lavage de cerveaux que les réseaux sociaux ont rendu attractif?", interroge le magazine "Rolling Stone".

Patrick McGoohan, selon Alain Carrazé, qui s’exprime dans ce même journal, "serait effrayé aujourd’hui, car sa fiction est devenue un documentaire sur la société contemporaine."

Décédé en 2009, l’auteur s’est toujours refusé à décrypter son message. Son œuvre devait, à ses yeux, rester allégorique. "Le Prisonnier" soulève d’ailleurs des questions qui ne sont propres ni à son époque ni à celle que nous vivons aujourd’hui. Identité, libre arbitre et contrôle de l’Etat en sont les trois plus emblématiques. Elles caractérisent la série. Qu’importent les décors, les costumes et les technologies datés – à l’exception notable, peut-être, d’un téléphone sans fil...

En 2018, sommes-nous tous prisonniers? Et de quoi? Si Patrick McGoohan ne nous a donc laissé aucune clé, il ne nous a pas empêchés de méditer. C’est peut-être ici la piste la plus importante. A l’heure d’une société de consommation triomphante – un ancien patron de TF1 ne parlait-il pas de temps de cerveau disponible? –, regarder "Le Prisonnier" s’avère encore salutaire. Ensuite, libre à chacun – à chaque numéro? – de résister ou de se résigner.


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