Eclairage
 15.02.2018, 09:30

C’est quoi, un média de service public?

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Le peuple suisse se prononce le 4 mars sur l'initiative No Billag.

Forum Nos journalistes mettent en perspective des sujets d’actualité régionale, suisse ou internationale avec des analyses ou des éclairages. Aujourd'hui, Stéphane Devaux, co-rédacteur en chef, évoque l'initiative No Billag.

Apriori, il n’y avait rien d’insidieux dans la question. Posée à peu près ainsi: «Dans le fond, un oui à l’initiative «No Billag», vous, journal régional, ça devrait vous réjouir, non?» Sous-entendu, avec deux concurrents en moins, une radio et une télévision locales, contraintes de presser le bouton «off» faute de ressources, nous, titre quotidien, aurions toute la région à nos pieds, comme au début des années 1980...

C’est à ce moment-là, lorsque jaillit ce genre de question, qu’on s’en veut de manquer d’esprit de répartie. C’est bien plus tard qu’on réalise que, tel Cyrano, on aurait dû moucher l’impertinent – ou l’inconscient, peut-être même involontairement – d’un «Ah non, c’est un peu court, jeune homme!»

Car, évidemment, le raisonnement ne tient pas une seule seconde. En tarissant la source «redevance», on ne cherche pas juste à priver cette chère RTS (et subsidiairement tout le réseau de chaînes locales et régionales) d’une bonne part de leurs revenus. Non, c’est bien plus pervers. Sous couvert d’une intention louable (alléger la charge des budgets serrés et des petites entreprises), on entretient l’illusion d’une information gratuite et accessible en libre-service, parce que vite produite et jetable après usage. La news kleenex, en quelque sorte. C’est donc tout un savoir-faire, une chaîne de métiers, aussi bien techniques qu’académiques, que l’on remet en question en cas de oui le 4 mars prochain. Un véritable tsunami pour une branche des médias qui, bien que déjà sérieusement fragilisée, recense (encore!) des milliers d’emplois à travers le pays. Une branche qui englobe évidemment aussi la presse écrite traditionnelle, quotidiens régionaux compris.

Vous l’aurez compris, nous ne voyons rien de bon dans «No Billag». A une nuance près: l’initiative a le mérite d’ouvrir le débat sur le rôle de la presse à une large échelle. Et d’interroger certaines notions qui se sont figées avec le temps. Celle de médias de «service public», en particulier. Dans notre région, RTN ou Canal Alpha, par exemple, bénéficient de ce statut, ce qui leur donne droit à une tranche de redevance. Pas «ArcInfo» qui, à l’instar de tous les titres écrits, en mains privées, n’y a pas droit. De fait, ne remplit-il pas la même mission?

Dès le 5 mars, il faudra s’atteler à rénover la maison de la presse suisse. Alors, la veille, ne la réduisons pas à un champ de ruines!


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