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Robert Bouvier écrit à nos aînés

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Solidarité Chaque jour, «ArcInfo», ses partenaires médias et les EMS proposent une lettre adressée aux personnes les plus concernées par le Covid-19. Aujourd’hui, Robert Bouvier, directeur du théâtre du Passage, parle de ses échanges avec les personnes seules.

 18.05.2020, 05:30
Robert Bouvier écrit à nos aînés

Neuchâtel, 18 mai 2020

Chères aînées, chers aînés,

Cette jolie petite dame qui, à plus de 90 ans, me confiait qu’elle aimait voir le film érotique de Canal+! Et Roland Dubillard, auteur et comédien qui, lors d’un tournage, me demanda de ne pas le traiter comme un enfant: «Je ne suis peut-être plus tout jeune mais ça ne me déconnecte pas de la vie. J’en ai vu bien plus que toi, mon gars, alors ta politesse de petit Suisse respectueux, ça m’emmerde, OK?» Ou encore Arletty, à qui je rendais souvent visite à Paris, qui éludait mes questions sur Michel Simon pour me demander si j’aimais Gérard Depardieu.

Oui, chers aînés, merci de mener la danse, de nous rappeler que vous êtes bien en vie, en envie de vie. A nous de vous surprendre, de fuir toute routine dans nos prochaines visites (qui se profilent enfin). A nous de vous poser cette question qui brûle, de vous faire écouter un poème qui nous enivre, une mélodie qui nous chavire ou de vous confier notre gaffe la plus inavouable.

Depuis 2007, je reçois chaque dimanche à 10h30 le coup de fil de Ninette, 97 ans, qui habite Courbevoie. Nous parlons pendant une demi-heure. Nous partageons un monde singulier qui n’appartient qu’à nous et j’aime sa fantaisie, pouvoir débarquer chez elle à minuit et boire du champagne. Chaque semaine je lui écris. Depuis toujours j’ai aimé envoyer des cartes postales aux personnes seules, qu’elles soient ou non de ma famille. J’ai eu de nombreuses tantes en Angleterre et en Italie, dont deux sont décédées à plus de cent ans. Dans leurs tiroirs, on a retrouvé des centaines de cartes de moi, je les ai relues, reparcourant ainsi tant d’années de ma vie.

Enfants, mon frère et moi accompagnions chaque dimanche mes parents rendant visite à des personnes âgées. Je découvris ainsi que la Prise-Imer n’était pas une plage mais un EMS. De tempérament farceur, je m’en donnais alors à cœur joie, voyant que cela amusait les pensionnaires. Nous les emmenions parfois aussi faire une balade. J’entends encore cette vieille dame s’impatientant à cause d’une voiture qui roulait lentement: «Mais klaxonnez-le, que diable, qu’on puisse foncer un peu!»

Et comment oublier Madame Lamouille qui, perdant la tête, arriva un jour à 17h quand nous l’avions invitée pour midi. Ma mère, ne voulant pas la gêner, lui prépara alors le repas et je me prêtai au jeu de ce deuxième service avec grand amusement. Oh oui continuons de nous surprendre, de rire ensemble et de klaxonner la vie, qu’on puisse foncer un peu! C’est aussi vous, notre printemps!

A lire aussi: toutes les «Lettres à nos aînés»

Ces lettres sont lues dans l’émission de la RTS «Porte-Plume» diffusée du lundi au vendredi de 11 heures à 11 h 30. Une opération en partenariat avec «Le Nouvelliste», «Le Quotidien jurassien», «Le Journal du Jura», «La Liberté», «La Côte» et le mensuel «Générations».


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