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L’humoriste Christophe Bugnon écrit à nos aînés

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Solidarité Chaque jour, «ArcInfo», ses partenaires médias et les EMS proposent une lettre adressée aux personnes les plus concernées par le Covid-19. Aujourd’hui, l’humoriste Christophe Bugnon prend la plume.

 26.05.2020, 05:30
L’humoriste Christophe Bugnon écrit à nos aînés

Chères et chers aîné-e-s,

Et surtout aînées. Car vous êtes plus nombreuses que les aînés. La masculinité use. Dans ce courrier, je vais utiliser aîné-e au féminin. Cela compensera un peu, Mesdames, toutes les années lors desquelles vous avez subi la machiste ablation du e.

Chère aînée. Cela m’a flatté quand on m’a suggéré d’écrire cette lettre. Surtout parce que ça sous-entend que je ne suis pas encore trop aîné. Et je n’en suis pas peiné.

Ce mot, aînée, c’est moche. Une aînée, c’est la première de la fratrie. L’opposée de la benjamine. Mais aujourd’hui, dès que vous dépassez une certaine Migros-data, vous devenez une aînée. Même si vous êtes la plus jeune de la famille.

Sans vouloir vous choquer, j’aimerais vous appeler chère vieille. Ce serait plus clair. Mais je ne serais pas politiquement correct. Alors je dois adopter aînée, qui permet d’éviter une expression encore pire, du genre: personne en situation de jeunesse dépassée.

Je pense à vous souvent. Avant la crise, je voulais vous rendre visite, mais vous comprenez, avec le travail c’était compliqué. Ah le travail. Maintenant que j’ai du temps, ce n’est plus autorisé. C’est moche.

Ces temps, ça ne doit pas être très simple d’être une aînée. Il y a le virus. Vous faites au mieux. Je vous fais confiance. Vous en avez vu d’autres. Mais il y a pire que ce corona-machin. Le regard de ceux qui jugent, pour votre sécurité, savoir mieux que vous comment vous devriez vous comporter. Les donneurs de leçons et les virologues du Café du Commerce. Ceux qui vous toisent d’un regard semi-masqué et accusateur lorsque vous osez déambuler dans leur magasin. Ceux qui, pour votre bien, veulent vous enfermer, vous hydroalcooliser de la tête aux pieds, bref, vous empêcher de vivre. Afin de vous retrouver en bon état, après la crise, quand ils n’auront à nouveau plus le temps de venir vous voir.

Ah le travail.

Chère vieille aînée, je ne peux pas leur en vouloir. En fait, ils ont peur de vous. Car voir une vieille dans notre société, c’est accepter que l’on devra vieillir un jour, et mourir aussi, même si cela fâche notre médecin. Ils préféreraient que les vieux se cachent pour mourir. Alors que la vieillesse, c’est le temps idéal pour se laisser vivre.

Quand je serai vieux, comme vous, chère aînée, je fonderai l’association Indignitas. Pour avoir le droit de vieillir comme on veut. Sans tenir compte de l’avis et du regard des bien-pensants et de tous ceux qui vous veulent du mal, ou pire, du bien. Et surtout, sans l’obligation d’être digne.

Chère aînée, ceux qui vous regarderont de travers lors de la prochaine épidémie, soyez indigne, et toussez-leur dessus.

Bises désinfectées.




A lire aussi: toutes les «Lettres à nos aînés»

Ces lettres sont lues dans l’émission de la RTS «Porte-Plume» diffusée du lundi au vendredi de 11 heures à 11 h 30. Une opération en partenariat avec «Le Nouvelliste», «Le Quotidien jurassien», «Le Journal du Jura», «La Liberté», «La Côte» et le mensuel «Générations».


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