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Jacques Froidevaux, de Plonk et Replonk, écrit à nos aînés

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Solidarité Chaque jour, «ArcInfo», ses partenaires médias et les EMS proposent une lettre adressée aux personnes les plus concernées par le Covid-19. Aujourd’hui, Jacques Froidevaux, de Plonk et Replonk, s’adresse à ses grands-parents, ses parents et à leurs amis.

 19.05.2020, 05:30
Jacques Froidevaux, de Plonk et Replonk, écrit à nos aînés

La Chaux-de-Fonds, le 19 mai 2020

À Juliette, à Antoine, Edouard et Titine, Huguette, Marie Jeanne, Marguerite, à mes grands-parents, parents, à leurs amis,

C’est le printemps. Au diable le confinement! J’ai ouvert l’album de photos de famille et m’offre une petite balade en remontant les berges du temps.

Sur les premiers clichés défilent, en sépia, les familles en habits du dimanche; au fil des pages, les nourrissons du premier plan grandissent, se laissent pousser la moustache, se marient, puis les cheveux blanchis passent à l’arrière-plan pour céder la place à de nouveaux bébés, en couleur cette fois, qui grandissent à leur tour, se laissent pousser les cheveux… Arrêt sur une image: ma grand-mère Juliette, qui me sermonnait en repeignant mes épis rebelles, en rajustant ma chemise et en me récurant les ongles.

«Jacky, t’as du djai mais c’est du pe!»

Elle avait pressenti, bien avant toutes les autres femmes de ma vie, ma fâcheuse tendance au négligé vestimentaire: chemises à boutons non alignés, lacets de souliers aux nœuds baroques, coiffure style tsunami sur la jungle.

Chez elle, les mercredis, j’ai fait à 6 ans mes premiers pas tâtonnants dans la broderie. Mes tantes, en visite, me reconnaissaient des dons. Puis j’ai renoncé à la haute couture pour entamer une carrière de farouche cow-boy solitaire. Grand-papa m’avait acheté un pistolet à eau à la foire.
Voici Marguerite, née en 1900. Cet après-midi d’été, assise sur le banc devant la maison, je la sens un brin tristounette.

– J’ai plus tellement d’amies de mon âge… Je m’ennuie… Je m’étonne, lui parle des deux voisines aux cheveux gris qui traversent la rue en la saluant.

– Et ces dames que tu connais bien?

– C’est des gamines!

Il est vrai que ces deux dames avaient à peine 70 ans… Marguerite les avait connues si petites qu’elles le resteraient à tout jamais. Un petit vertige devant le fossé des générations.

Je suis avec vous, nous sommes avec vous. Ce virus finira par passer son chemin. On se réjouit de vous revoir pour de bon, sans écran, ni téléphone.

Et quand les spots de l’actu se tourneront ailleurs, n’oublions pas de réserver de cette chose si précieuse, si comptée et si volatile: du temps, du temps à passer avec vous. N’oublions pas.

Si je m’en souviens, car me viennent des trous de mémoire, des tout-petits pour le moment… je ne suis plus si jeune… mes rhumatismes me le sifflent au bord de mon oreille défaillante. Je vais noter ça quelque part, si je retrouve ce crayon… que je range toujours dans la boîte à biscuits avec le peigne usé de Juliette. Je le garde en souvenir, il ne sert plus à grand-chose, mes cheveux en bataille ont déserté.


 

 

 


A lire aussi: toutes les «Lettres à nos aînés»

Ces lettres sont lues dans l’émission de la RTS «Porte-Plume» diffusée du lundi au vendredi de 11 heures à 11 h 30. Une opération en partenariat avec «Le Nouvelliste», «Le Quotidien jurassien», «Le Journal du Jura», «La Liberté», «La Côte» et le mensuel «Générations».


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