Einstein II, son berceau, sa collection de DVD

Aux Etats-Unis, querelle sans fin autour de DVD d'éveil pour bébés: ont-ils éveillé d'autre génie que celui du commerce?

18 janv. 2010, 07:28

1997: William et Julie Clark fondent Baby Einstein, compagnie de produits éducatifs ciblant les moins de deux ans! Produit phare, des DVD aux titres ambitieux: «Baby Mozart», «Baby Shakespeare», «Baby Galileo», «Baby Van Gogh»… Des marionnettes aux dialogues succincts y présentent de la musique classique, de la poésie, de la peinture, etc. Le succès est foudroyant, doublement: en 2003, un tiers des petits Américains de moins de 24 mois possèdent au moins un de ces DVD, statistique que Disney a dès 2001 judicieusement anticipée - puis favorisée - en rachetant Baby Einstein. Le marché pèse 200 millions de dollars par an!

Lesquels aident à oublier que l'American Academy of Pediatrics a, dès 1999, réprouvé la moindre minute d'écran pour les moins de 2 ans - pour cause notamment d'effets sur l'attention quelques années plus tard. Et, en 2004, que des chercheurs de l'Université de Washington, à Seattle, s'inquiéteront de ce que ces DVD à vivifier les tout jeunes esprits semblent ralentir l'acquisition du vocabulaire - s'il est admis que le langage peut s'étoffer via la TV passé l'âge de 2 ans, en deçà le bénéfice est très disputé!

En 2006 toutefois, une association de protection de l'enfance a réussi à faire juger «fallacieux» la mention «éducatif» sur les DVD. En suite de quoi en 2007, une nouvelle étude sortie de Seattle a confirmé que des enfants de 8 à 16 mois «exposés» régulièrement aux fameux DVD comprennent moins de mots que ceux qui n'y sont pas exposés. De quoi doper l'association susmentionnée: sa menace d'une action groupée pour obtenir des compensations financières pour les parents a débouché en octobre 2009 sur l'engagement de Disney à rembourser tous les acheteurs déçus des cinq années précédentes! Clap de fin?

Non, car le pionnier, William Clark, poursuit désormais l'équipe de Seattle pour qu'elle lui livre enfin les données brutes de ses deux études critiques - il n'a reçu jusqu'à présent que des bribes inutilisables. Clark est conforté par d'autres études n'ayant pas trouvé d'impact négatif à ses DVD. En revanche, aucune étude n'est invoquée qui montrerait qu'interagir directement avec l'enfant, le confronter avec de vrais objets est sans dommage non plus, et de coût moindre.

Sur www.babyeinstein.com, Julie Clark énonce les bonnes résolutions de Bébé pour l'An Neuf, dont «apprendre la différence entre le bac à sable et la litière du chat». Cette polémique montre combien ce genre de distinguo peut prendre du temps! /JLR

Le 3e âge, autre cible

Les (més)aventures de Baby Einstein rappellent celles des promoteurs de logiciels pour le 3e âge, qui font polémique quant à la prétention inverse, de rajeunir les cerveaux plutôt que les vieillir précocement. Un neurologue japonais fait ainsi fortune avec des logiciels pour «aider à consolider la mémoire et la créativité, et développer une résistance au déclin du vieil âge».

Est-il besoin de tâches spécialisées, imposées par d'autres – et payantes! – pour obtenir des résultats? Les experts qui se sont penchés sur les «entraîneurs de cerveaux» ont constaté combien les recherches censées démontrer leurs bienfaits, quand elles existent, sont biaisées ou inconsistantes, jamais soumises à des revues sérieuses, critiques. Du vent?

Il n'en est pas moins incontestable que l'électronique propose de bons outils, s'ils sont judicieusement utilisés, pour entretenir alertes les neurones: des études ont montré combien l'utilisation d'un ordinateur peut s'avérer stimulante jusque loin dans l'existence. Par de simples navigations sur internet, une correspondance entretenue… /jlr