Zedrus cultive sa fraîcheur de "jeune vieux chanteur"

Zedrus, revendiqué gainsbourien, est le dernier de notre série sur les nouvelles voix de la chanson romande. Zedrus aime à user des mots, jolis, petits et parfois gros.

10 août 2012, 08:00
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"Je me suis rêvé du bon pied", confie Zedrus qui, parfois gainsbourien en diable, aime "à ne pas mettre trop de mélodie pour ne pas perdre le mot".

Zedrus pour Surdez, son nom de famille. Et en un nom de scène, le bonhomme vous dit déjà combien il est renversant.

Ce Jurassien d'origine a choisi de s'encrer à Genève pour se noircir son papier quotidien. C'est là qu'il conçoit ses chansons où les mots ne sont qu'un vernis de politesse qu'il écaille férocement à la paille de fer de son ironie.

Zedrus aime bien jouer les ours mal léchés pour mieux dissimuler le miel ambré de sa carte du tendre qui oscille de l'ocre d'une émotion faussement affectée à la noirceur du cynisme, un rien surjoué, de l'écorché vif. C'est que le bougre a déroulé assez de câble pour se considérer comme " un vieux jeune chanteur ". Mais c'est à peine un accident si ce Damien Surdez pousse la chansonnette sans se pousser du col, gratte la guitare sans se démanger l'ego et bricole des monologues sans échafauder de plans sur la comète. Une partie de son âme d'homme folâtre encore dans les recoins de l'enfance, jusque dans les coulisses des marionnettes de Genève qu'il a connues comme on connaîtrait sa vieille poche. Fils et petit-fils de musiciens, il s'est glissé dans le bain artistique à l'âge où Obélix tombait dans une certaine potion. Mais " le virus s'est déclaré tard ", confesse-t-il amusé.

C'est que de ses débuts au Chat noir aux scènes actuelles, " l'incubation a été longue ". Mais aujourd'hui, le quadra laisse sortir ses humeurs. Des humeurs de toutes sortes, qui triturent l'amour et la merde sur fond de quelques degrés de cet humour à froid. Ce registre décalé qui réchauffe les coeurs paillards et glace d'horreur cette " veuve de Cossonay " dont il a fait l'archétype de l'empêcheuse de délirer en rond dans la galerie de ses démons. Ceux qu'il aime à chatouiller du verbe et du médiator.

Lui qui se réclame " à la fois de Desproges et de Linda de Souza parce que nous sommes tout, à la fois la connerie et le génie ", apparaît comme le rejeton, spirituel forcément, de Bobby Lapointe et le cousin, grave, bien sûr, de Didier Super.

Disciple de Marcel Gotlib dans la mesure où il se prend " très au sérieux mais avec beaucoup de dérision ", Zedrus reste lucide en déclarant vouloir se méfier des formatages, qu'ils soient musicaux ou commerciaux. Alors?

Alors dépêchez-vous d'aller voir ce vieux jeune chanteur pendant qu'il est encore frais et rafraîchissant.

 

Retrouvez ci-dessous  la chronique de Valérie Ogier sur Option Musique:

Zedrus sur scène. [padampadam.ch]

Une vidéo de Zedrus sur Youtube: