Un petit vent de Colombie sur Purcell

09 avr. 2008, 12:00

Un opéra de Purcell entièrement chorégraphié, et en partie interprété par des chanteurs venus de Colombie. Déjà présentée samedi dernier dans le canton de Berne, la proposition de L'Avant-Scène opéra s'adressera dès demain au public neuchâtelois, au théâtre de Colombier.

Ni tuniques grecques ni décors en carton-pâte dans ce «Didon et Enée» confié à Jean-Claude Pellaton, de la compagnie de danse Objets-Fax. «Il n'était pas question pour moi d'aller contre le travail que j'ai défendu jusqu'ici, mais de franchir une nouvelle étape avec ces chanteurs du Teatro Colon», dit-il pour défendre sa scénographie «très simple et efficace». En d'autres termes encore, le chorégraphe voué aux corps piétons s'est attaché à mettre en mouvement ces corps chantants, à leur confier, aussi, la manipulation des éléments du décor, des cubes qui s'emboîtent les uns dans les autres.

Yves Senn a découvert Bogota plus tardivement que Jean-Claude Pellaton, dont la compagnie se partage entre la Suisse et la Colombie. Mais il a été conquis par le travail de Ximena Bernal, responsable de la formation des chanteurs lyriques du Teatro Colon. «Une claque», sourit le directeur de L'Avant-Scène opéra. Et le début d'échanges qui débouchent sur la venue des Colombiens à Colombier, où ils partagent le théâtre flambant neuf avec le ch?ur et l'orchestre de L'Avant-Scène. «En dépit de nos différences linguistiques, nous parlons le même langage musical, alors tout fonctionne!», commente Ximena Bernal, qui interprète Didon parmi ses propres élèves. «Nous vivons ici une très belle expérience artistique et humaine.»

Une Didon sud-américaine dans un opéra anglais? On s'en étonne moins lorsqu'on apprend que la mezzo a étudié son art en Italie, qu'elle connaît donc et «aime beaucoup le répertoire européen. Il n'existe pas de tradition d'opéra en Colombie, mais nous avons des compositeurs classiques. Ils ont étudié la musique à l'étranger, mais ils intègrent des éléments du folklore indigène dans leurs partitions».

Un panachage que l'on retrouvera dans ce «Didon et Enée», puisque l'équipe a glissé quelques notes latino-américaines dans les interludes musicaux prévus par Purcell. L'opéra n'y perdra pas son âme, ni non plus dans la scène des sorcières que le chorégraphe s'est permis d'«harrypotteriser» pour y introduire un second degré. «Aujourd'hui, ces sorcières ne peuvent plus nous terroriser. J'ai aussi cherché à casser un peu l'intensité extrême du drame, les chanteurs se livrent à quelques bruitages, sans quoi cette histoire d'amour absolu menant à la mort serait insoutenable.» Et pourtant le rire ne chasse pas la tristesse ni l'émotion qui culmine dans une «fin sublime». «L'émotion est plus directe que chez Mozart, son impact est très fort», conclut Yves Senn.

Colombier, théâtre, 10 et 11 avril à 20h, 13 à 17 heures. Location: 078 913 56 96