Un nouvel amour pour résister

A partir de thèmes sérieux, Noémie Lvovsky concocte une comédie paradoxale et pétillante, «Faut que ça danse!». Réalisatrice, scénariste, actrice. Noémie Lvovsky a trois casquettes. Trois au moins, parce qu'auparavant elle a aussi été scripte (un peu) et s'est occupée de casting (guère plus). Dans son nouveau film, «Faut que ça danse!», elle ne porte que les deux premières. «Travailler plusieurs métiers du cinéma, ça m'a toujours plu», explique cette quadragénaire un peu lunaire au talent attachant.

02 avr. 2008, 12:00

Votre film parle notamment de vieillesse, de maladie et de mort. Avec de tels thèmes, on imaginerait un drame, mais vous faites une comédie...

Avec Florence Seyvos (réd: coscénariste), on est parties de choses très graves et après on a suivi un mouvement qui est celui du personnage principal, c'est-à-dire qu'on a cherché la pirouette qui nous permettait de ne pas rester dans le drame. Pour ne pas se laisser enterrer vivant, pour ne pas se laisser pousser dehors par la société, cet homme de 80 ans cherche à rencontrer un nouvel amour.

Il n'a pas «l'âge de ses artères», comme on dit.

Un des premiers élans que j'ai eus pour le film, c'est quelque chose que j'ai vu dans les yeux d'un homme qui m'est très cher quand il a eu 85 ans. C'était ni triste, ni gai, c'était perplexe: il ne reconnaissait pas son âge qui est pourtant celui de ses papiers d'identité, mais qui n'était pas l'âge qu'il se sentait avoir... J'ai l'impression qu'à chaque film, et dans la vie aussi, je m'intéresse beaucoup aux âges, comme si on en avait plusieurs: l'âge de l'état civil, celui du corps, celui de l'expérience, celui qu'on a dans la tête et cette espèce d'inadéquation entre les âges me passionne.

La pirouette du personnage, sa résistance, c'est de trouver un nouvel amour. La vôtre, ce serait de faire du cinéma?

C'est juste, le cinéma me permet de résister, mais pas seulement comme réalisatrice, comme spectatrice aussi. Et plus largement, la fiction me permet de résister quand je trouve la réalité, le monde, trop insupportables.

C'est pour la même raison que vous traitez des thèmes graves avec humour, par un effet de politesse ou de pudeur?

Peut-être, je ne me rends pas compte, mais en tout cas je savais dès le début que je ne pourrais pas faire mourir un personnage. Je ne pouvais pas, je n'en suis pas capable, la scène serait ratée.

Est-ce que vos activités de réalisatrice, de scénariste et d'actrice se nourrissent mutuellement?

Ça se nourrit beaucoup, oui. Ça me fait vivre des choses très différentes par moments et finalement on retombe toujours sur le fait que tout est lié et pas si différent que ça... J'ai un rapport très différent à ces activités, c'est-à-dire que ce ne sont pas les mêmes rêves. A 11 ans, je me disais que le seul métier au monde qui vaille, c'est acteur (rires). Et puis j'ai renoncé de façon radicale à ce rêve quand j'avais 15 ans. Quand j'ai joué dans mon premier film, «Ma femme est une actrice» d'Yvan Attal, c'était par accident. J'y ai trouvé beaucoup de plaisir, mais c'était un métier auquel j'avais déjà renoncé sans aucune amertume depuis très longtemps, alors que le travail de réalisatrice est un rêve auquel je n'ai jamais renoncé. / MGI-Le Nouvelliste