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Un diamant de rêve sans nom ni origine

Sotheby's met aux enchères à Genève le diamant de tous les superlatifs. Détail: on ne sait pas d'où il provient. Qu'est-ce qui a la taille d'une noix, vaut plus de quinze millions de francs et n'a pas de nom et de lieu d'origine? Réponse dans le catalogue Sotheby's de sa vente aux enchères de bijoux, qui a lieu de demain à jeudi prochain à Genève. A la page 106, on y découvre un diamant de tous les superlatifs et dont c'est la première mise en vente. Pour séduire son futur acquéreur, il a déjà fait un tour du monde des plus grandes capitales, exhibant ses 84,37 carats et son certificat d'excellence attribué par le Gemmological Institute of America.

10 nov. 2007, 12:00

S'il est compréhensible que le futur propriétaire choisisse lui-même le nom de ce petit bijou de diamant, le fait que sa provenance demeure confidentielle l'est beaucoup moins. Et Kimberley, alors?

Kimberley, c'est le nom donné au certificat qui accompagne dorénavant une gemme pour garantir sa «virginité». Depuis qu'on sait qu'en Angola ou au Liberia notamment, le trafic de diamants a servi à acheter des armes, la communauté internationale est parvenue à s'entendre pour mettre un peu d'ordre dans ce secteur et garantir que les diamants mis sur le marché sont «propres».

Sotheby's annonce juste que ce diamant provient du continent africain. Il a été découvert dans les deux dernières années, puis probablement taillé à New York. Brute, la pierre pesait 360 carats. En fait, la prestigieuse maison n'a pas à en dire plus. Kimberley ne concerne que le diamant brut. Dès qu'il est taillé, il intègre le marché sans qu'un autre système international de traçabilité ne l'accompagne. Ce qui signifie qu'il est plus facile de connaître la provenance des bananes entassées dans le supermarché du coin que celle d'un diamant de 15 millions de francs suisses exposé dans un salon feutré à Genève.

Mais la prestigieuse maison sait ce qu'elle fait. «On s'assure que tout est légal», affirme Frédéric Leyat, porte-parole de Sotheby's. David Bennett, président du département haute joaillerie, précise prendre très au sérieux l'origine des diamants. Et plus encore lorsqu'il s'agit d'une pierre de 84,37 carats. «Si nous avions eu des doutes, nous ne l'aurions tout simplement pas acceptée. Nous ne travaillons qu'avec des partenaires qui se conforment au processus de Kimberley», explique-t-il. Un partenariat basé sur la confiance et la fidélité en affaires, ce qui est la marque de fabrique du milieu.

Très au fait des m?urs du cercle fermé des diamantaires, Danièle Gosteli ne dit pas autre chose: «Les grandes maisons ne peuvent pas se permettre de prendre des risques», estime-t-elle. Responsable du domaine «économie et droits humains» pour Amnesty International, à Berne, elle a suivi de près les négociations en vue de l'introduction du processus de Kimberley. Elle en connaît aussi les failles, notamment dans le contrôle par les gouvernements.

Et de citer le cas du Ghana, qui écoule sur le marché des pierres provenant en fait de Côte d'Ivoire, où elles sont le nerf de la guerre des rebelles du nord du pays. Les diamants franchissent la frontière illégalement et sont enregistrés au Ghana, ce qui en fait des diamants «propres». La Suisse n'est pas tout à fait innocente non plus. Ses Ports Francs à Genève servent aussi de «machine à laver». Les pierres qui en ressortent portent son sceau. Pour Danièle Gosteli, il y a donc toujours «un petit doute». / MAG-La Liberté

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