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Trente ans pour une mémoire

Le 24 février 1977, il y a trois décennies exactement, était signé l'acte de constitution de la Fondation Pierre Gianadda à Martigny. Chronique d'un succès inattendu. Ça ressemble à un examen de passage. Sur la photo, on voit d'abord Léonard Gianadda, 42 ans, une forêt de cheveux et un profil conquérant. Assis, ceux qui étaient à ce moment, en 1977, élus à la Municipalité de Martigny, conservateurs des musées cantonaux ou archéologues. Sur la table, une maquette. Elle annonce le volume ramassé et géométrique de la future Fondation Pierre Gianadda. Ce jour-là, le 24 février, il y a exactement trente ans, l'acte est signé. C'est la première pierre, virtuelle encore.

26 févr. 2007, 12:00

Un an et demi plus tard, la fondation est sous toit. Une «lenteur» de construction due aux fouilles archéologiques, toujours en cours. Léonard Gianadda fait mettre les bouchées doubles, au début de l'hiver, pour rattraper le retard. «Une histoire de fous» reconnaît-il aujourd'hui.

Qu'est-ce qu'il imaginait, Léonard, en construisant sa fondation? Des expositions et des concerts, assure-t-il. «La preuve, j'ai noyé des tubes dans les dalles pour mettre les spots des expositions. Et j'ai fait construire un podium pour les concerts.» C'est vrai qu'en juin 1978, la fondation n'est pas encore inaugurée officiellement, a déjà lieu le premier concert. «Je voulais qu'il se passe quelque chose», résume sobrement Léonard... Pourtant, l'entrepreneur n'avait pas tout prévu. Il n'avait pas prévu atteindre 165 000 visiteurs avec une exposition. C'était Rodin en 1984, «le premier tabac».

Il n'avait pas prévu non plus mettre un Van Gogh aux cimaises, et «cent Van Gogh encore moins». Cette exposition Van Gogh en 2000 est celle qui semble avoir le plus marqué Léonard, esthétiquement et par l'énormité de sa fréquentation. Ce succès a des revers. En trente ans, la Fondation Pierre Gianadda est confrontée à l'explosion des coûts des assurances et à une concurrence grandissante du monde de l'art qui rend les prêts plus difficiles. Il y a trente ans, la Fondation Beyeler, la Fondation Thyssen ou celle de l'Hermitage n'existaient pas. «Peut-être qu'ils ont vu grâce à nous que c'était possible», glisse Léonard.

Lui s'est investi totalement dans cette fondation. Encore un aspect qu'il n'avait pas imaginé: «Investir, ça oui, m'investir autant, non.» C'est probablement une des clés du succès. Nulle autre fondation, nul autre centre d'art n'est autant attaché à une personne. La haute silhouette noire de Léonard Gianadda se surajoute à celle de la fondation bunker sur le papier glacé des revues d'art.

Et si chaque exposition peut aligner un nombre impressionnant de prêteurs, c'est aussi grâce à la personnalité du patron et des commissaires qu'il se choisit, toujours les mêmes. Le directeur du Musée Picasso, Jean Clair, et celui de la Fondation Maeght à Saint-Paul-de-Vence, Jean-Louis Prat, sont entrés dans le conseil de f ondation. Les prêteurs sont devenus des amis. Léonard Gianadda se souvient en priorité des Hahnloser, fameuse et ancienne famille de collectionneurs suisses à Winterthour et à Berne, ou d'Angela Rosengart, de la collection Rosengart à Lucerne, les «prêteurs de la première heure».

Chaque rencontre en a suscité d'autres, jusqu'à former un extraordinaire réseau de directeurs de musées, conservateurs, collectionneurs. «Il y a toujours des liens d'amitié, souligne Léonard Gianadda, et je reste fidèle, voilà c'est tout.» / VRI-Le Nouvelliste

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