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Quand elle gravit le Fuji, Amélie revit

Ses derniers romans nous avaient déçus. Amélie Nothomb remonte quelque peu la pente dans «Ni d'Eve ni d'Adam» avec une mémorable ascension du mont Fuji. «Samedi après-midi, je vis arriver devant mon logis une somptueuse Mercedes blanche, si propre qu'elle étincelait au soleil». Au volant de la voiture est assis Rinri, l'amoureux tokyoïte d'Amélie Nothomb. Car au Japon, la romancière belge n'a pas seulement subi les revers et les humiliations de la vie d'entreprise relatés dans «Stupeur et tremblements». Elle a aussi noué, à la même époque, une tendre liaison avec Rinri, jeune universitaire à qui elle dispense des cours de français. Ce qu'elle révèle dans son dernier roman, «Ni d'Eve ni d'Adam».

17 sept. 2007, 12:00

Née au Japon, Amélie n'en est pas moins confrontée au choc des cultures, à des codes aussi surprenants dans la sphère privée que dans la vie professionnelle. Ainsi de cette obstination à se savonner avant de prendre son bain, puisqu'on ne saurait en souiller l'eau. Confrontation plus douce néanmoins cette fois-ci, quoique non dénuée de moments de grande solitude, comme en témoigne ce dîner où Rinri livre sa bien-aimée à une tablée d'invités mutiques.

Certes plus consistantes que le «Journal d'Hirondelle», son précédent opus, ces retrouvailles avec le Japon nous laissent d'abord sur notre faim. On s'interroge en parcourant des pages aussi insipides que l'image récurrente de la Mercedes immaculée qui emmène la «fiancée» vers des destinations Tuvéra («Où allons-nous?», demande Amélie. «Tu verras», répond invariablement Rinri). Est-ce l'influence de ce Tokyoïte respectueux et bien élevé? Est-ce parce qu'elle écrit, comme elle le constate elle-même, «une histoire où personne n'a envie de massacrer personne»? Amélie semble aligner des phrases policées et des formules convenues, quand bien même son sens de l'autodérision ne s'est pas entièrement dissout dans la lisse attitude nippone. Mais que la monstruosité, fut-elle culinaire, repique du vif, et l'écriture fait de même, à l'image de cet épisode consacré à la fondue suisse que Rinri extrait d'une petite valise très japonaise, autrement dit contenant tout le matériel idoine: «... et je vis apparaître, disposés d'inamovible façon, un réchaud à propulsion intergalactique, un caquelon antiadhésif, un sachet de fromage en polystyrène expansé, une bouteille de vin blanc antigel et des croûtons de pain imputrescible.»

Nothomb ne révèle rien de ses ébats intimes avec ce garçon dont elle n'est pas passionnément amoureuse mais pour qui elle a du goût. On ne lui reprochera pas cette pudeur toute japonaise. Plus frustrantes en revanche sont ses retrouvailles avec les lieux de son enfance. Nothomb esquive: «La province était toujours aussi belle. Néanmoins, je ne souhaite à personne un tel voyage. (...) Sans la présence de ma s?ur, je serais morte de chagrin dans le village de Shukugawa».

Tout comme Amélie, le lecteur connaît enfin l'ivresse sur les sommets, le mont Fuji d'abord, «la montagne du nuage et de l'oiseau» ensuite, qu'elle gravit d'une foulée digne de Zarathoustra. Dans la montagne, la jeune fille s'exalte, elle redevient pleinement elle-même, un corps habité dans un paysage aux humeurs changeantes. Perceptions visuelles, sensorielles, qui se mêlent à l'imaginaire des contes de son enfance. C'est là, dans la montagne, que s'opère une véritable mise à nu et qu'elle excelle à brouiller les frontières du réel. / DBO

«Ni d?Eve ni d?Adam», Amélie Nothomb, Albin Michel, 2007
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