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Pour qui sonne l'Angélus?

La collection «Secrets», éditée chez Dupuis, tient plus, à première vue, de la BD industrielle que de l'art. Mais le polyvalent Giroud, qui scénarise à lui seul cette vaste entreprise et se révèle comme la providence des dessinateurs en mal d'histoires, n'a pas fini de nous étonner.

17 juil. 2010, 04:15

Auteur de séries aussi fameuses que «Les Fleury-Nadal», «Louis la Guigne», «Le Décalogue» ou «Quintett», Frank Giroud semble avoir une imagination inépuisable. Il a lancé, il y a quelques années seulement la série «Secrets» faite de doubles albums indépendants avec à chaque fois la collaboration d'un dessinateur différent. Le point commun de tous ces récits est qu'ils constituent tous une manière d'enquête autour d'un secret de famille jalousement gardé.

Nous avions déjà rendu compte dans nos colonnes de «Samsara», envoûtante histoire à la Kipling, magistralement dessinée par Michel Faure. «L'Angélus» nous interpelle aujourd'hui par la magnifique osmose du dessinateur avec le peintre dont un tableau archicélèbre (mais peut-être méconnu?) sert de prétexte à l'histoire.

Clovis Chaumel est un personnage extrêmement terne dont on se demande presque comment il a fait pour épouser une femme aussi jolie que la sienne et lui faire deux enfants. Un après-midi de déprime, de passage à Paris, il visite par désœuvrement le Musée d'Orsay et fait un malaise en tombant sur «L'angélus» de Jean-François Millet, increvable chef-d'œuvre de la peinture réaliste paysanne du 19e siècle. Pourquoi lui, qui se croyait indifférent à la peinture, est-il si bouleversé par ce tableau, dont il n'a de cesse d'interroger l'histoire et les avatars? De fait, il n'est pas le premier à ressentir cette fascination: nul autre que Salvador Dali l'avait également ressentie et avait même fait sur ce tableau des découvertes troublantes, très fidèlement racontées dans cet album (le recours à Dali n'est pas une invention de Giroud!).

Ajoutez à cela une jolie et pulpeuse prof de dessin, les ragots d'une petite ville de province, des flash-back qui nous font lentement découvrir les fêlures intimes de Clovis Chaumel, et le dessin chaleureux, expressif et plein de reliefs du très prometteur Homs et vous obtiendrez une BD retorse, pleine d'humanité, de clins d'œil à l'histoire de l'art et de tendresse, dont on a hâte de lire le second tome. /ACO

«L'Angélus», tome 1, Franck Giroud (scénario), Homs (dessin), éd. Dupuis, collection «Secrets», 2010

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