Onze histoires d'êtres humains

02 août 2015, 18:44

CRITIQUE - PAR LAURENCE DE COULON

Un nouvel élève qui vient de la mauvaise partie de New York, «cette partie où les gens mettaient leur literie sur la fenêtre», une jeune femme plus très sûre d'avoir dit oui à la bonne personne, un sergent formateur de recrues détestable, autant d'histoires de solitude que Richard Yates, auteur américain mort en 1992, raconte avec finesse et force à la fois.

Certaines sont plus troublantes, d'autres plus entêtantes. Le garçon qui insulte sa gentille maîtresse d'école bien intentionnée pour enfin se faire des camarades, nous ne le comprenons que trop bien. Mais la jeune femme en quelque sorte abandonnée la veille de son mariage est-elle responsable de ce destin exécrable? N'aurait-elle pas dû écouter les conseils de son amie?

Une personnalité nous hante véritablement, celle de l'enseignante revêche mais pourtant touchante, dont le pathétique met terriblement mal à l'aise. Richard Yates trace des portraits originaux si vivants qu'ils prennent chair, et des situations d'une justesse étourdissante. Les épisodes racontés sont des tranches de vie qui reflètent toute une vie condensée. Une ironie subtile et discrète survole le recueil, mais l'espoir brille par sa rareté au moment du point final placé avec brio. Visiblement touché par l'homme souffrant, l'écrivain s'intéresse aussi au manque d'humilité de certains.

Deux nouvelles sont racontées à la première personne. A chaque fois, il s'agit d'un jeune journaliste aux ambitions littéraires qui commet une erreur de jugement. Dans la première, «Contre les requins», pourtant armé de bonnes intentions, il blesse la fierté d'un collègue original. Dans la deuxième, «Les bâtisseurs», il a une si haute opinion de son talent et de son intégrité qu'il ne s'aperçoit même pas que son interlocuteur, un chauffeur de taxis qui le mandate pour écrire ses aventures, pourrait aussi avoir pitié de lui.

Ce livre à la sensibilité exacerbée corrigerait ainsi, en quelque sorte, les erreurs de jeunesse de son auteur. «Onze histoires de solitude», Richard Yates, Robert Laffont, Pavillons poche, 2009

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