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«On cherche encore et encore, en plantant nos bâtons dans la neige»

«Passe-moi les jumelles» a recueilli le témoignage de survivants aux avalanches. Un reportage poignant à découvrir demain sur la TSR.

23 mars 2010, 04:15

«Tout d'un coup, quelqu'un a crié: Avalanche! Et tout est parti.» «C'était comme un bruit de tonnerre qui arrivait sur nous.» «C'était ultrapuissant. J'ai juste eu le temps de me dire que ça allait être un sacré voyage.» Trois ressentis différents, mais trois peurs identiques devant l'avalanche, cette mer blanche qui engloutit tout sur son passage en quelques secondes.

Car le risque zéro n'existe pas. Même avec un guide ou du matériel adéquat. Tout le monde peut être enseveli un jour ou l'autre sous une coulée. Ceux qui en sortent vivants en sont marqués à jamais. «Pour moi, cela a tout changé. Je me suis rendu compte qu'il fallait arrêter de se projeter dans la vie, car à tout moment cela peut s'arrêter», raconte par exemple Yves, un Valaisan qui a survécu à une avalanche dans la région de Grimentz.

Avec pudeur, mais non sans réalisme, la journaliste Raphaëlle Aellig a recueilli le témoignage de plusieurs survivants d'avalanches pour «Passe-moi les jumelles». Un documentaire à découvrir demain sur la TSR.

François Dufour, qui travaille à l'Institut pour l'étude de la neige et des avalanches, est l'un des témoins du reportage. Ce Valaisan, aujourd'hui spécialiste des avalanches, a vécu une coulée dans le début des années 1970, alors qu'il était en randonnée avec un groupe de Jeunesse et Sport de Sierre. Trois personnes de son groupe sont décédées dans l'aventure. «On était une dizaine de personnes entre 18 et 23 ans à faire cette sortie. J'avais 22 ans», raconte-t-il. Les skieurs reliaient la cabane des Dix à la cabane de Chanrion dans le massif des Combins quand l'avalanche s'est déclenchée. «Il y a eu un moment de panique. Sur l'instant, on a de la peine à réaliser ce qui se passe. On voyait bien qu'il manquait trois personnes, mais on ne veut pas croire à la mort dans ces moments-là. On cherche encore et encore, en plantant nos bâtons dans la neige pour trouver nos camarades. On ne parlait pas beaucoup. C'était une solidarité muette. Pendant trois heures, on a cherché et on ne les a pas trouvés», ajoute François Dufour.

Finalement, ce sont les sauveteurs qui retrouveront les corps sans vie des trois victimes. «C'était très difficile à cette époque, car on n'avait pas encore de barryvox (réd: appareils de recherche de victimes d'avalanches). C'est sûrement pour cette raison que j'ai une telle volonté d'inciter les gens à la prévention, à s'équiper en matériel pour qu'on les retrouve s'ils sont pris sous la masse neigeuse. Je suis aujourd'hui convaincu que ça peut aider à sauver les gens!» Après ce drame, François Dufour n'a pas boudé la montagne. Au contraire. «J'aime être en montagne, mais cela m'a fait encore plus prendre conscience qu'elle peut être dangereuse.»

Les rescapés d'avalanches ont tous vu la mort de près. «Je sentais que j'allais mourir. C'était un sentiment très bizarre. Je me demandais si on partait dans d'atroces souffrances. Et en fait, on s'endort gentiment. On n'a plus envie de lutter», raconte Yves.

Les montagnards le savent: les chances de survie sous une avalanche sont de vingt minutes. Chaque minute de plus est un vrai défi pour la personne emprisonnée sous la neige. «J'avais la tête dans la neige et quand on m'a ressorti, mes yeux étaient ensanglantés, le visage était bouffi, c'était impressionnant», raconte Xavier Delerue, champion de freeride, rescapé d'une coulée au-dessus d'Orsières en mars 2008. «J'ai été sauvé grâce à mon airbag, je crois», ajoute-t-il en ouvrant son airbag orange. «Ma fille avait 2 ans à l'époque, et j'ai beaucoup culpabilisé par la suite.» /CSA - Le Nouvelliste

 

«Le grand silence», de Raphaëlle Aellig dans «Passe-moi les jumelles» sur TSR1, demain à 20h10

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