Marie Laberge vous écrit

Marie Laberge propose un roman sous forme de lettres envoyées chez les lecteurs. La Québécoise parle de cette démarche originale qui remporte un franc succès.
16 janv. 2010, 09:11

Habituée au succès chez elle, Marie Laberge a eu l'idée d'écrire son nouveau roman sous la forme de lettres envoyées à l'adresse des personnes qui se sont abonnées. Les missives sont signées Martha, une dame qui se transforme en amie en s'adressant directement à ses lecteurs, parlant de sa vie, de ses enfants et petits-enfants. Pour l'auteure québécoise, cette expérience s'est rapidement transformée en succès, et le feuilleton épistolaire se poursuivra jusqu'en 2011, à raison de vingt-six lettres par année. Rencontre.

D'où est venue l'idée de ce feuilleton épistolaire?

C'est un déclic venu du cœur. Je voyage beaucoup et j'écris aux gens que j'aime. Et quand mes oncles et tantes ont été trop vieux pour voyager, à chaque fois que je partais, je leur envoyais une carte avec un timbre bien soigné, et ils en ont été tellement reconnaissants, tellement heureux que je me suis dit: «Mon Dieu, il y a des tas de gens qui ne reçoivent jamais de courrier, de lettres.» Et aussi, quand ma mère est morte, j'ai vu qu'elle avait gardé toutes mes lettres, tous mes petits mots dans une énorme boîte... Et ça m'a bouleversée. Quand j'ai pensé à ceux qui ne recevaient jamais rien, j'ai voulu trouver le tour d'arriver chez eux et de briser leur solitude, de casser le silence avec une voix inventée... Et j'ai eu l'idée d'adresser la lettre à la personne avec son prénom, une enveloppe, un vrai timbre...

Qui est Martha, votre personnage?

C'est une femme qui n'a pas une stature extraordinaire, une vie hors du commun; c'est une femme qui est bonne, qui a des problèmes comme tout le monde et qui a des solutions qu'elle fabrique elle-même. Elle voyage peu, elle arrive à un moment de sa vie où elle est obligée de voir les choses différemment, et elle se tourne vers quelqu'un qui pourrait être un bon témoin. Et je me suis dit que la personne qui sera un bon témoin sera la personne qui recevra la lettre. Et là, Martha communique quelque chose qui l'habite, et en le faisant, j'espérais que cette communication réveille chez la personne l'impression d'être moins seule et de partager les problèmes d'une vie qui arrivent à tout le monde.

L'opération remporte un grand succès...

Organiser tout cela, c'était toute une aventure de gestion, ce qui n'est pas ma meilleure branche. Je l'ai fait parce que je ne voulais pas qu'un éditeur le fasse au rabais, à l'économie, et je ne voulais pas non plus qu'on essaie de faire beaucoup d'argent sur le dos de l'abonné: comme je prenais un risque et que lui aussi le prenait, je voulais que ce soit un risque partagé. Avec 5000 abonnés, j'arrivais; et je ne faisais pas un énorme profit en en ayant 42 000, comme c'est le cas.

Les femmes et les hommes ne reçoivent pas les mêmes lettres. La différence est-elle grande?

Des fois, c'est dans l'ordre d'arrivée des nouvelles... C'est subtil, assez fin: quelquefois c'est dans le ton, quelquefois, c'est l'image.

Je ne sais pas pourquoi l'image n'est pas pareille, la figure de style n'est pas la même, la comparaison ne me vient pas dans le même domaine. Je me dis: «Comment cela se fait-il que j'aie deux comparaisons différentes pour la même chose?» Et elles marchent toutes les deux. Pour moi, tu ne racontes pas aux gars et aux filles de la même façon. Martha a un peu plus de dérision et d'humour avec les hommes... Je trouve que l'émotion qui arrive avec les hommes est très puissante et très brutale, comme si elle se trouvait au détour d'une phrase. Avec une femme, on peut avoir une ambiance tout un paragraphe.

A la fin des trois ans d'écriture sortirez-vous un coffret contenant l'ensemble des lettres?

J'hésite à le faire. La plupart des écrivains ont cette réaction, dès qu'ils ont fait quatre chroniques, de mettre tout ça en livre. J'aime bien le côté pièce de collection que ça aura. C'est marqué dans le temps, c'est daté et c'est arrivé chez vous... ou ça n'arrivera pas. /JJE-Le Nouvelliste

Pour s'abonner aux lettres de Martha: www.marielaberge.com

Un véritable phénomène

Marie Laberge est très connue au Québec - où elle vit, en tant que romancière, dramaturge, scénariste, comédienne et metteur en scène de théâtre. Sa trilogie «Le goût du bonheur» s'est vendue à plus de 600 000 exemplaires rien qu'au Québec, auxquels il faut ajouter 100 000 livres écoulés en Europe. Véritable phénomène du monde de l'édition au Québec, Marie Laberge, qui a notamment écrit une chanson pour Céline Dion en 2007, est moins en vue dans le reste de la francophonie, qui s'intéresse surtout à ses pièces de théâtre. /jje