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Machine à expresso et crise existentielle

14 sept. 2009, 08:10

Couvert d'infortunes ridicules par le destin, Matthias Honecker, homme médiocre et malchanceux, traverse la vie comme une comédie. «Les voitures à problèmes sont communément le lot de la jeunesse, mais le jeune Honecker a collectionné les plus mal en point de la nouvelle Allemagne.» Pourtant ses aventures automobiles ne sont rien comparées à ses démêlés picaresques avec sa machine à expresso et le service après-vente du Karstadt, ni aux désillusions causées par les meubles chers qui devaient le rendre original. Par ailleurs hautement insatisfait par son emploi de cadre dans une entreprise de téléphonie mobile, il ne trouve de consolation que dans son couple. Ses malheurs, liés à notre mode de vie moderne et à la consommation, trouvent un écho inverse dans son patronyme: Erich Honecker, communiste longtemps dirigeant de la RDA, fut jugé responsable du meurtre des personnes abattues alors qu'elles tentaient de franchir le Mur de Berlin. Or maintenant toute la ville se consacre au consumérisme.

L'art non plus n'est pas épargné. La femme de Matthias, Turid, voit toutes les pièces de théâtre et lit tous les livres dignes d'intérêt, voudrait qu'il partage son enthousiasme, ce dont il est bien incapable, mais son résumé d'une pièce récemment vue n'expose que l'absurde et navrante branchitude de ce spectacle sur la maternité. Une dérision qui résonnera tragiquement plus loin, lorsque Turid souffre d'un baby blues.

Les déboires comiques de Matthias trahissent un mal-être plus profond et virent au drame. Sa femme ne l'aime pas tel qu'il est, mais tel qu'elle l'a créé, il a toujours déçu ses parents, et il est incapable d'aimer son enfant. Tentant de revenir en arrière, il change d'appartement avec sa famille, mais le déménagement tourne à la catastrophe. Dans ce roman grinçant à l'écriture jubilatoire, parfois crue jusqu'au vulgaire, les infortunes de Honecker se transforment en crise existentielle, mais c'est la consommation qui aura le dernier mot.

«Honecker 21», Jean-Yves Cendrey, édition Actes Sud

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