Les multiples combats d'un Don Quichotte en chambre

16 avr. 2008, 12:00

Don Quichotte battant la campagne sur son cheval Rossinante, accompagné de son fidèle écuyer Sancho Pança. Don Quichotte combattant les moulins à vent et brûlant d'amour pour Dulcinée. Yves Senn, directeur de l'Avant-Scène opéra, n'a pas craint de s'attaquer au foisonnant roman de Cervantès, pour en faire un spectacle théâtral ponctué de quelques chansons. Mais, on s'en doute, on ne réduit pas comme cela 1200 pages, l'adaptation proposée à partir de demain au théâtre de Colombier a dû chercher sa propre cohérence.

«Yves a surtout retenu les passages liés à l'imaginaire du personnage, et ce sont les plus spectaculaires. Comment les mettre en scène au théâtre?», s'est demandé Robert Sandoz. Il explique qu'il a relevé le défi en poussant encore plus loin les choix de l'adaptateur. «J'ai opté pour un Don Quichotte qui imagine tout sans quitter sa chambre». Pareil à un enfant qui aurait refusé de grandir, l'hidalgo vit dans son monde, et Sancho Pança joue le jeu avec lui. Mais en filigrane la question d'une aliénation, d'un refus de voir les choses telles qu'elles sont peut se poser, et elle intéresse Robert Sandoz. «Tout cela reste néanmoins plaisant, dynamique et joyeux», dit le metteur en scène, qui s'est appuyé sur les codes du théâtre populaire, la farce, le burlesque.

Contaminé par les romans de chevalerie, Don Quichotte reste attaché à des valeurs révolues, des repères qui ne sont plus. «Quand Cervantès écrit, le monde a connu un tournant, il est sorti de l'obscurantisme moyenâgeux». Un changement d'époque que le metteur en scène évoque via les lumières, avec des clairs obscurs prononcés qui glissent vers des couleurs saturées, un plateau nu éclairé au néon... «Tout cela est posé sans jugement, le temps avance, et on choisit d'avancer avec lui ou pas...». / dbo

Colombier, théâtre, 17, 18, 22, 24, 25, 29 avril à 20h; 20 et 27 avril à 17h