Les âmes sœurs de Valérie Zenatti

01 févr. 2010, 07:29

Deux femmes, deux parcours. Emmanuelle se met à la recherche de sa liberté perdue, Liva doit accepter la mort de son amant Malik. L'une, réelle, mère de trois enfants et mariée avec Elias, lit les aventures d'une photographe; l'autre, fictive, n'existe que dans un roman. Passionnée par l'histoire de Liva, Emmanuelle décide un matin de prendre sa journée, d'appeler le bureau pour prétendre un malaise, mais d'amener les enfants à l'école et à la crèche comme d'habitude pour être libre de se consacrer à elle-même et à la lecture de ce roman.

C'est que, accablée par ses tâches ménagères, épuisée par ses enfants, lasse de son mari, dégoûtée par son travail, Emmanuelle a besoin de reprendre son souffle pour redonner un sens à sa vie. Dans ces pages, Valérie Zenatti excelle à montrer quel sentiment d'aliénation peut engendrer la vie d'une mère de famille, et le parcours mental de son héroïne frappe par sa cohérence. «Les âmes soeurs» traite également de l'abandon maternel, et exalte l'amitié féminine au point d'en faire son cheval de bataille.

Par contre, le roman que nous lisons avec Emmanuelle et qui devrait faire écho à sa propre vie est beaucoup moins convaincant. La détresse de Liva, tout à fait légitime après la mort de Malik qu'elle a aimé follement pendant trois semaines, tient plus du pathos que de l'émotion réelle, parce que trop soulignée par l'auteur. Par ailleurs, le chemin que le deuil fait prendre à la jeune femme pourrait être très intéressant. En effet, elle a longtemps refusé de regarder les photos de sa famille juive disparue dans les camps, sans doute pour se protéger de la tristesse de ses parents, et désire maintenant retrouver ses origines en Lituanie. Malheureusement, peut-être parce qu'elle veut dire trop de choses en même temps, Valérie Zenatti ne développe pas assez ce thème-là.

Toutefois agréable à lire, ce roman devrait toucher les femmes qui s'interrogent sur le sens de la vie sans être prêtes à faire la révolution.

«Les âmes sœurs», Valérie Zenatti, éd. de L'Olivier, 2010

'