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Le village esquimau fond

Le réchauffement de la planète contraint les 600 habitants de Shishmaref à déménager sur le continent. Posée sur du sable gelé, la petite île subit l'érosion et la fonte de la banquise augmente le niveau de la mer Le petit village esquimau de Shishmaref, posé sur un îlot aux confins de l'Alaska, s'enfonce dans la mer un peu plus chaque année. Victime du réchauffement climatique, il doit déménager sur le continent, au risque de perdre son identité.

12 oct. 2006, 12:00

Balayée par les vents, avec la mer à perte de vue mais sans eau courante, l'île est située sur la mer Chukchi, au nord du détroit de Béring, à 150 km de la Russie et à des milliers de kilomètres de la capitale Washington. On y accède par un petit avion depuis Nome, la ville la plus proche à 200 km au sud.

Large d'environ 600 mètres et longue de 5 km, l'île est posée sur le «pergélisol», du sable gelé.

«Nous vivons dans la terreur que la prochaine tempête soit celle qui nous emportera tous»

«On constate en Alaska un important réchauffement depuis au moins 30 ans. Les températures atmosphériques augmentent et celles dans le pergélisol se réchauffent», explique Vladimir Romanovsky, professeur de géophysique à l'Université d'Alaska Fairbanks (UAF).

Sous l'effet du dégel, le pegélisol «devient plus vulnérable» aux inondations dues à la fonte de la banquise et des glaciers qui augmentent le niveau de la mer, et aux tempêtes plus violentes qui arrachent des pans entiers de l'île. Le pergélisol recouvre «plus de 85%, probablement 90% de l'Alaska», selon Vladimir Romanovsky.

Partie visible

De nombreux experts ont récemment averti que la région arctique serait victime des changements climatiques en cours, l'Alaska étant la partie visible de l'iceberg qui fond.

Chaque année, «nous vivons dans la terreur que la prochaine tempête soit celle qui nous emportera tous», raconte Luci Eningowuk, qui préside la Coalition sur l'érosion et le déménagement de Shishmaref, chargée de préparer le déménagement du village.

Les vagues «ont détruit de nombreux entrepôts, des bateaux, des séchoirs à viande et poisson et des réserves alimentaires conservées dans le pergélisol», dit-elle. Une maison s'est effondrée et une vingtaine de personnes ont dû quitter le rivage pour des endroits plus sûrs à l'intérieur de l'île. Mais c'est tout le village de 600 habitants qui doit déménager.

Déménagement voté en 2002

Le village, presque exclusivement habité par des Esquimaux Inupiak, a voté en juillet 2002 le déménagement collectif sur le continent. Neuf sites ont été sélectionnés, mais Tin Creek, situé à 18 km de Shishmaref et à 3 km de la côte, semble être privilégié, dit Tony Weyiouanna, membre de la coalition. Une décision doit intervenir prochainement.

«Ce ne sera que cinq ans après qu'on commencera vraiment à déménager», ajoute-t-il, estimant qu'entre 160 et 200 millions de dollars seront nécessaires pour l'opération. Il faudra ensuite trouver les financements faramineux pour la construction du nouveau village qui prendra plusieurs années.

80% sont apparentés

«Intégrer une autre communauté est inacceptable car l'éparpillement des habitants aurait pour conséquence la destruction de notre communauté liée par la famille, des valeurs et des traditions», regrette Luci Eningowuk. Plus de 80% des habitants sont apparentés.

«Nous sommes un peuple de la mer, la mer est notre principal garde-manger»

En outre, «le déménagement de notre communauté dans une région éloignée de notre territoire natal aurait un impact catastrophique sur notre mode de vie et notre identité», ajoute-t-elle. «Nous sommes sur l'île depuis 4000 ans, nous sommes un peuple de la mer, la mer est notre principal garde-manger», souligne Tony Weyiouanna.

Mais pour Ardith Weyiouanna, une parente, le simple fait de déménager sur la terre ferme représentera de toute façon «un très grand changement parce que le mode de vie sera différent et les contacts avec le monde extérieur plus nombreux». / NTE-afp

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