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Le cinéma d'auteur entre en 3D

Avec «Pina», Wim Wenders rend hommage à l'art ineffable d'une chorégraphe inégalable et fait basculer le documentaire de création dans la troisième dimension!

06 avr. 2011, 17:01

Wim Wenders, on qualifie l'art de Pina Bausch comme de la «danse théâtre». A votre avis, qu'est-ce qui l'a incitée à créer ce genre de chorégraphie?

J'ai l'impression que pour Pina, et aussi pour toute notre génération née pendant ou juste après la guerre, il n'y avait pas d'autre choix que de recommencer à zéro.

A la fin des années soixante, il y avait un grand vide, tant sur le plan politique que dans les arts. Nous, les jeunes créateurs, on ne voulait plus rien avoir à faire avec les années Adenauer, avec le «Wirtschaftswunder», avec tout ce matérialisme panique, cette pauvreté émotionnelle.

On voulait partir du seul lieu possible: notre propre expérience! Pina a fait juste ça avec un radicalisme extraordinaire, en basant tout sur son regard. Elle y a investi tout son talent en déchiffrant de manière empirique le langage des corps.

Il a bien fallu trouver une nouvelle catégorie pour définir ce qu'elle cherchait, ce n'était plus de la danse, ce n'était plus du théâtre, et bien plus que la somme des deux: un art nouveau!

 

Vous avez découvert Pina Bausch en 1985. Cette découverte a-t-elle influencé votre façon de faire du cinéma?

Je pense que oui. J'ai tourné «Les ailes du désir» un an après ma première rencontre avec Pina et son œuvre. Je ne pense pas qu'il y ait eu une influence consciente, mais je peux dire que la liberté avec laquelle nous avons réalisé ce film poétique prend certainement ses racines dans l'immense liberté que j'ai ressentie chez Pina.

 

Vous avez trouvé dans la 3D le seul moyen pour rendre au cinéma l'art chorégraphique de Pina Bausch… Mais est-ce que cela ne revient pas à poser d'autres contraintes, qui empiètent sur le potentiel expressif du film?

Malgré sa taille, nous avons repoussé les limites de notre «double caméra» stéréoscopique, pour qu'elle soit aussi flexible que je le voulais et pour qu'elle puisse voler et même «danser» avec les danseurs. La plus grande contrainte, c'est de devoir réaliser les panoramiques latéraux à une vitesse très réduite, pour éviter les effets stroboscopiques. De même, il est préférable de tourner avec une seule focale, mais ça n'est pas gênant, car ça correspond à la physiologie de notre vision… Nos yeux ne peuvent pas non plus changer de focale!

 

«Pina» est pourtant une rencontre réussie avec l'effet 3D, même l'une des premières dans le domaine du film d'auteur, sinon la première. Allez-vous persister dans cette voie?

Pour ma part, je veux absolument continuer ce travail de «recherche spatiale». On n'en a gratté que la surface. Notre chance a résidé dans cette affinité étonnante, que j'avais pressentie, entre la 3D et la danse. La danse a permis d'exprimer le meilleur de la 3D et de révéler son côté doux et chaleureux, et surtout bien plus naturel que dans les applications que l'on a connues. Mais j'hésite entre refaire un documentaire ou alors me risquer dans une fiction. Les deux sont très tentants…

 

Comment avez-vous dirigé les danseurs dans leurs solos accomplis en hommage à leur mentor d'exception?

En appliquant la méthode avec laquelle Pina a développé toutes ses pièces… J'ai donc commencé à poser des questions aux danseurs, et, comme avec Pina, ils n'avaient pas le droit de répondre avec des mots, mais avec des gestes, des mouvements, des solos. Comme je ne suis pas chorégraphe, je leur ai demandé de ne pas donner des réponses improvisées, mais de choisir ensemble un mouvement qu'ils avaient développé avec Pina.

 

De toute évidence, votre film a permis à la troupe du Tanztheater Wuppertal Pina Bausch de faire son travail de deuil. Mais que va-t-il advenir d'elle maintenant?

Les danseurs étaient sous le choc de la perte de Pina, perdus, confus, même désespérés. Mais ce travail de deuil, que l'on a pu faire ensemble, a dégagé de bonnes énergies. Et ils ont une tout autre attitude aujourd'hui. Ils ont renoué avec la confiance et sont prêts à porter l'héritage dont ils acceptent maintenant la responsabilité avec fierté. La preuve, ils vont se lancer l'année prochaine dans la plus grande aventure jamais vécue par le Tanztheater, en jouant pendant les Jeux olympiques de Londres une dizaine de pièces de Pina!

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