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La guerre des sexes de Sá de Moreira

11 oct. 2008, 08:57

Imaginez vous réveiller un beau matin dans le corps de votre femme, alors que vous avez passé le week-end à parler de votre séparation. Voilà la joyeuse mésaventure proposée par le quatrième roman de Régis de Sá Moreira.

Proposée, car dans «Mari et femme», le lecteur devient le personnage: «Tu montes ta main pour te gratter la barbe. Ta barbe a disparu. Tu ne respires plus.»

Cette narration à la deuxième personne, procédé dont «La modification» de Michel Butor reste l'exemple le plus connu, ajoute à la confusion et provoque des effets comiques. Ce qui aurait pu constituer une coquetterie s'avère un des facteurs de la réussite de cette comédie sur le genre.

Régis de Sá Moreira, qui tutoie son lecteur personnage, jongle avec les pronoms possessifs puisque mari et femme habitent le corps de l'autre, et cette habile acrobatie réjouit: «Ta femme te répond avec ta grosse voix que ce que vous arrive est impossible. Tu le lui accordes avec sa petite voix et tu éteins la radio.» Au-delà de l'humour de la situation et des jeux de mots, «Mari et femme» pose la question du genre. Les rôles sociaux du couple étaient déjà inversés: Madame gagnait l'argent du ménage et Monsieur le faisait. Madame menait sa barque d'une poigne de fer, et Monsieur, écrivain velléitaire, après avoir descendu la télévision à la cave, jeté son portable par la fenêtre et vidé la bibliothèque parce que tout cela l'empêchait d'écrire, a finalement arrêté d'écrire parce qu'«écrire l'empêchait d'écrire». Maintenant, littéralement dans la peau de l'autre, ils se comprennent mieux et remettent en question leur séparation. Mais, surtout, la question du désir surgit: que faire dans ce nouveau corps de femme que j'avais l'habitude de désirer, que faire à ce corps d'homme qui ne m'appartient plus? Les frontières du désir masculin et féminin deviennent floues, et sans qu'elle soit posée explicitement, la question de l'identité survient automatiquement. Qui suis-je si je désire les hommes et les femmes?

Suis-je toujours un homme dans le corps d'une femme? Bien entendu, la fiction permet une situation fantastique et improbable, et repousse les limites de la biologie. Cependant l'imagination n'empêche pas la réflexion. Naît-on homme ou le devient-on? La séparation en deux catégories, l'homme et la femme, reste-elle vraiment pertinente? Cette question n'appartient peut-être pas à Régis de Sá Moreira. Son intention se limite peut-être à mettre en scène avec humour un couple qui se réconcilie parce qu'il parvient à se mettre à la place de l'autre. Mais «Mari et femme» invite à la réflexion. Et n'oublie pas d'être un roman savoureux et agréable à lire.

«Mari et femme», Régis de Sá Moreira, éd. Au diable vauvert, 2008

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