La Cène mise en scène

25 janv. 2010, 08:07

De repas en repas, l'esprit de l'écrivaine française Maryline Desbiolles vagabonde dans son dernier livre, «La Scène», un récit à l'humeur dansante présenté comme un roman par l'éditeur.

Tout commence en Italie dans un restaurant charmant, où une table de onze personnes rappelle le dernier repas de Jésus à la narratrice. D'où une divagation sur les apôtres, puis l'art religieux, puis les repas de famille, où «nous rions et nous comptons les disparus». Un repas en particulier, probablement photographié par le père et reproduit sur la couverture du livre, revient régulièrement et devient le prétexte à parler de divers membres de la famille, les grands-oncles «beaux comme des acteurs de cinéma», la grand-mère à peine plus âgée que la narratrice maintenant. Et le cousin trop grand pour être avachi en pyjama sur son père très fier, devenu un adulte vulgaire et désagréable.

En réalité, ce livre commence encore un petit peu avant: avec la découverte, enfant, de la mathématique et de la théorie des ensembles, que Maryline Desbiolles comprend comme «le désir forcené de composer des ensembles», qui n'est autre que celui de l'écriture selon elle. Acceptant cette prémisse, elle réunit des éléments a priori disparates grâce au thème commun du repas de fête, et réalise remarquablement son désir d'écrire puisque ses phrases possèdent une qualité, un rythme et un élan enthousiasmants.

En plus de ravir par sa très belle forme, «La Scène» bouleverse. Presque hors de propos, sûrement parce que «nous comptons les disparus» lors de ces repas, la narratrice relate soudain un accident dramatique dont elle a été témoin avec une justesse impressionnante et tire des larmes avec quelques mots. S'opposant à la mort, l'amour rencontré au hasard de l'une de ces tables trouve aussi une place importante dans ce livre dont les phrases déferlent et reviennent sur le thème de départ. Comme la vie qui est un cycle éternel.

critique

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