L'Euro 2008 peut nuire à la santé des entreprises

Les experts l'affirment: l'Euro 2008 pourrait porter un coup à la productivité des entreprises. Néanmoins, celles-ci ne se montrent pas particulièrement inquiètes. Les patrons peuvent se réjouir: les matches de l'Euro 2008 ne débutant pas avant 18h, peu d'employés auront intérêt à se faire porter pâles pour suivre les parties. Mais les discussions de café du commerce pourraient coûter cher aux entreprises.

26 mars 2008, 12:00

Durant une telle compétition, les discussions vont bon train autour de la machine à café: on commente les résultats et on passe en revue les plus belles actions de la veille. Selon une étude de l'Université de Hohenheim (Allemagne), ces bavardages ont fait perdre un quart d'heure de travail par jour et par employé allemand durant la Coupe du monde 2006.

Les heures non rattrapées ont entraîné une perte de productivité qui correspond à 0,4% du produit intérieur brut (PIB) allemand. Sur un PIB suisse de 450 milliards de francs, cela représenterait environ 1,8 milliard.

Selon la Confédération, le Championnat d'Europe de football devrait engendrer une création de valeur brute de 600 à 850 millions. Au bout du compte, il resterait donc environ un milliard de francs perdu à disséquer les décisions arbitrales ou à rattraper le sommeil perdu la veille. Dans une interview accordée en octobre 2007 au magazine «Finanz und Wirtschaft», le ministre des sports Samuel Schmid n'avait pas exclu que l'Euro 08 fasse baisser la productivité et reculer le chiffre d'affaires des entreprises. Les intéressées ne semblent toutefois pas inquiets.

A l'UBS, tant que le travail est effectué, les employés jouissent d'une certaine flexibilité. Le personnel de la plus grande banque de Suisse bénéficiant d'un temps de travail annualisé, les collaborateurs qui s'accorderont plus de temps libre durant l'Euro devront simplement travailler plus d'ici la fin de l'année.

Même son de cloche à la Confédération, le plus gros employeur du pays. «Il vaut mieux que les employés arrivent une demi-heure plus tard mais réveillés», estime Regula Rebecchi, porte-parole de l'Office fédéral du personnel. Les tâches en suspens et les heures n'en devront pas moins être rattrapées.

La Confédération n'infligera pas non plus de carton rouge aux participants aux discussions sur l'Euro. «On ne peut pas l'interdire aux gens, il y en aura de toute façon», dit Regula Rebecchi. En cas d'exagération, c'est aux chefs de prendre des mesures.

«On doit pouvoir débattre de la pertinence ou non d'un penalty», estime Andreas Bitterlin, porte-parole de l'hôpital universitaire de Bâle. Mais le travail ne doit pas être perturbé, d'autant qu'avec les trois matches de groupe de la Suisse qui se disputeront dans la cité rhénane et environ 100 000 visiteurs attendus, l'hôpital escompte «au moins 25% de patients en plus aux urgences».

C'est une question de bon sens, un chirurgien n'écoutera à coup sûr pas la radio pendant une opération, relève Markus Hächler, porte-parole de l'hôpital de l'Ile à Berne. Loin de s'inquiéter des causeries liées à l'Euro, le porte-parole invoque le sentiment d'identification voulu par les organisateurs. Selon lui, «cela peut donner de l'entrain et avoir des effets tout à fait positifs sur l'ambiance quotidienne de travail». /CSC-ats