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L'amour sur papier glacé

Le Neuchâtelois François Berger publie un nouveau roman, «Mariage de plaisir». Il renoue avec sa fascination pour les femmes et le Maroc Il y a Jil, journaliste culturel un peu blasé, farouchement célibataire, qui traîne son spleen entre les grands hôtels alpins et les bords du lac, où l'on rencontre de jolies femmes. Il y a Aïcha, la blonde marocaine, ancienne prostituée, silencieuse et belle. Ils vont se marier, selon un ancien usage musulman dit mariage de plaisir, qui unit un couple pendant un an.

30 avr. 2006, 12:00

Dans son nouveau roman, «Mariage de plaisir», publié à L'Age d'homme, l'auteur neuchâtelois François Berger renoue avec quelques-uns de ses thèmes de prédilection: la femme, le Maroc, la femme marocaine, la solitude des êtres et l'attraction des sexes. La fascination terrifiée de la vie à deux. Occupé par la rédaction d'un «Dictionnaire amoureux de la Suisse» - «on établit des inventaires, on fait des listes. on annonce ce qu'on possède encore, comme avant une remise de commerce» -, Jil se laisse captiver par Anna Tännler, jeune femme dont le visage orne les Vreneli, qui lui rappelle un autre visage, entrevu avant un drame...

Entre Casablanca et l'Oberland bernois, l'auteur tisse un réseau de correspondances, élabore une chambre d'échos où il met à l'épreuve la solidité des mots: ceux qui font les promesses et ceux qui font les livres et échouent à rendre la diversité du réel. En apothéose, cet Eiger majuscule où les existences basculent. Et son double un peu étrange: «je lui demande, tu te souviens de l'atlas? des skieurs en djellabah, des troupeaux de chèvres et de moutons accompagnés de leurs gardiens qui observaient ces merveilleux fous glissants avec leurs drôles de combinaisons, et tout en bas de la montagne, le désert, le vert des palmiers, le ciel d'un bleu somptueux». L'occasion de critiquer parfois vertement l'attitude compassée de la Suisse face aux autres cultures.

On aimerait pouvoir adhérer sans réserves, mais... François Berger invente la littérature aérodynamique: tellement profilée, tellement lisse qu'elle nous traverse sans rien bousculer. On regrette de ne pas pouvoir s'attacher à ces personnages sans aspérités et qui n'arrivent pas à fonctionner ensemble: les rapprochements sonnent faux, semblent la répétition d'une parade vieille comme le monde.

Les êtres du roman de François Berger se repoussent comme ces aimants contraires qu'on ne peut pas rapprocher et, de même, maintiennent malheureusement le lecteur à distance. Eloignement renforcé par la profusion des détails, qui viennent assourdir une écriture non dénuée d'images lumineuses. / SAB

«Mariage de plaisir», François Berger, éd. L?Age d?homme. Dédicace au salon du livre aujourd?hui dès 11h

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