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«Je réagis mal à la contrainte»

Devant la caméra de Diane Kurys, Sylvie Testud est Françoise Sagan, avec qui elle partage quelques profonds points communs. «Quand Diane Kurys m'a parlé de jouer Françoise Sagan, j'étais hallucinée.» Sylvie Testud ne voyait pas trop le rapport entre elle-même et l'écrivaine morte en 2004, à 69 ans. Mais devant des photos de l'auteure de «Bonjour tristesse» à différents âges de sa vie, elle a perçu comme une ressemblance. La qualité du scénario l'a ensuite convaincue de tenter l'aventure.

06 août 2008, 12:00

Désormais et pour toujours, Sagan a les traits de Sylvie Testud. Entre ces deux-là, entre le «charmant petit monstre» et cette actrice qui parvient à surprendre de rôle en rôle, la rencontre semblait évidente tant les correspondances dépassent la stricte apparence.

Le fait que vous écriviez également vous a «aidée» à approcher Sagan?

C'est surtout que ça rapproche. Ecrire, ça veut dire qu'il y a un problème, qu'il y a des choses qu'on a du mal à formuler, qui passent mal à l'oral. Quand je suis en train d'écrire un livre, c'est presque mon meilleur ami, une raison de vivre, et du coup quand on est au milieu des gens, il y a toujours une partie de nous qui est avec le livre. Sagan, vous voyez qu'elle est présente et en même temps son regard est ailleurs. Donc quand elle dit qu'on est toujours seul, bien sûr, parce que si on pouvait partager ce qui est là (elle désigne son ventre), on n'écrirait pas.

Vous éprouvez aussi ce sentiment de solitude?

Bien sûr. Comme elle j'ai cette peur pas de l'abandon, mais d'être toute seule, tout en recherchant parfois cette solitude. Un autre point commun, c'est la peur. Cette trouille, elle ne vient pas n'importe quand mais quand on est seul; c'est quelque part ne pas être sûr d'exister si on n'est pas regardé, ni écouté, ni lu. Les gens me parlent d'égoïsme, moi je dirais égocentrisme, dans le sens des enfants. J'ai un gamin de 3 ans; il est charmant hein, mais le monde tourne autour de lui. Eh bien moi, c'est un truc que je n'ai pas encore lâché, et Sagan ne l'avait pas lâché non plus.

Comme Sagan encore, vous donnez l'impression d'une liberté, de faire ce que vous voulez.

Oui, parfois c'est une notion difficile à expliquer quand les gens me demandent ce que je veux faire. J'ai envie de rien faire et en même temps de faire tout, ça veut dire je n'ai pas envie de décider de ma vie et en même temps j'ai envie de la vivre comme j'ai envie. Je ne suis pas une décisionnaire, mais en même temps j'ai envie de me marrer, de rencontrer, d'être surprise... Je sais où je ne veux pas aller, mais qu'est-ce que je veux? Je ne sais pas et, vraisemblablement, je le saurais, je ne ferais pas tout ça, j'arrêterais.

Il y a aussi en commun le goût des choses qui vont vite, et pas seulement les voitures.

Je crois que c'est une peur de la sclérose, une peur de rester les deux pieds là où on vous les a foutus à la naissance. En voiture, je trouve que les choses sont mieux parce qu'on voit la vie défiler, mais plus rapidement. Ça avance et ça me plaît, j'ai un sentiment de liberté; ce n'est pas du tout le fait de rouler à 200. En revanche ça m'angoisse d'être à 60 km/h sur une quatre-voies, j'ai l'impression qu'on me freine alors que je pourrais avancer; je réagis mal à la contrainte. /MGI-Le Nouvelliste

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