Des préhisto-crottes contre les sceptiques

Grâce à de vieilles crottes trouvées dans une grotte aux Etats-Unis, l'histoire se trouve finalement purgée d'une durable dispute. Jadis, le «savant de cabinet» ?uvrait coupé du terrain. Moquerait-on l'archéologue Dennis Jenkins (uni de l'Oregon) comme un «savant de cabinet», il faudrait souligner, sans paradoxe, qu'il l'est par son travail de terrain - dans les Paisley Caves, grottes dans l'Oregon - et par une récente découverte. «Cabinet», ici, se lira «lieu d'aisance»: les Paisley Caves ont livré à Jenkins des excréments fossiles ou «coprolithes». Résultat des analyses: l'ADN qu'ils contiennent est humain, et le carbone indique un dépôt d'il y a 14 000 ans.

18 avr. 2008, 12:00

Or, les Américains officiellement qualifiés de «premiers» sont ceux qui, il y a 13 000 ans, ont semé près de l'actuelle Clovis, Nouveau Mexique, de belles pointes de flèches. Si belles que la culture «Clovis» a été promue dogmatiquement «pointe» de départ du peuplement des Amériques. Mille ans de plus, ça ne vient rien contredire, non? Aucunement, d'autant que les hommes qui ont semé les coprolithes n'étaient pas manchots: ils ont laissé aussi des cordages variés en tendons et fibres végétales, de la vannerie, des peaux, des piquets? La vraie secousse est symbolique: c'est le coup de purge définitif à ce dogme qui a longtemps fait obstruction à toute contradiction: pas d'humains en Amérique avant -13 000, tout vestige prétendument antérieur était forcément le fait d'une erreur de datation ou de méthode!

Dans ce scénario, les premiers Américains avaient migré de Sibérie lors de la fonte d'une barrière de glace, vite essaimé du nord au sud aux trousses du gibier. Vision conquérante, si séduisante qu'on a raillé l'idée de migrations plus hasardeuses, de Sibérie, semi-maritimes sur la marge sud des glaces, bien avant que les obstacles terrestres ne disparaissent - hypothèse symétrique: des migrants suivant de même la banquise atlantique?

En 2004, Albert Goodyear (Université de Caroline du Sud) interprétait des plantes carbonisées il y a 50 000 ans: feu humain? Le débat fait rage. Il a fallu 20 ans pour faire admettre que des pêcheurs-cueilleurs vivaient à Monte Verde, Chili, il y a 20 000 ans? Autre débat chaud: les plus vieux crânes découverts au Brésil ne sont pas ceux d'Amérindiens, arrivés il y a 9 000 ans seulement. En 2 000 ans, ils ont éliminé des prédécesseurs... venus d'Australie, peut-être!

Avec la preuve exhumée par Jenkins, le dogme cale encore, et là, sans réplique? Ses tenants ont-ils aujourd'hui à l'esprit le mot de Cambronne? / JLR

Source: «Science» du 3 avril 2008