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A Locarno, les regards voyagent

La 61e édition du Festival de Locarno est bel et bien lancée. Après une ouverture mitigée sur la Piazza, les festivaliers ont pu vivre deux premiers jours pleins, notamment sur le plan de la Compétition internationale. Avec près de 200 films en ligne de mire, il est impossible de tout voir. La mort dans l'âme, en regard de la richesse de l'affiche proposée, le soussigné a jeté son dévolu sur les deux soirées «Piazza Grande» et sur les quatre films de la Compétition internationale qui ont été programmés à ce jour. Premier à entrer en lice, «Parque Via» a déçu en bien: troisième long-métrage d'un jeune réalisateur mexicain d'origine espagnole, cette œuvre constitue une allégorie de l'aliénation sociale qui prévaut aujourd'hui au pays d'Emiliano Zapata.

09 août 2008, 12:00

Inspirée de la propre vie de son interprète principal, Nolberto Corias, ce huis clos asphyxiant raconte les heures mornes de Beto, commis à la surveillance d'une villa luxueuse que sa vieille propriétaire cherche à vendre depuis 30 ans. Avec le temps, le gardien a pris de l'âge et, surtout, développé une phobie du monde extérieur. Antispectaculaire, Enrique Rivero décrit le quotidien répétitif de son protagoniste qui va et vient dans un espace trop grand pour lui. Par petites touches, le cinéaste introduit une dimension ironique bienvenue. «Parque Via» a été produit par Paolo Herrera, le découvreur de Carlos Reygadas. Partant, l'on sent Rivero sous influence de l'auteur de «Lumière silencieuse».

Lauréate du Léopard d'or en 1993, la cinéaste Mijke de Jong n'a rien perdu de son sens du réel. Son nouveau film, «La sœur de Katya», est adapté d'un roman de l'écrivain espagnol Andrés Barbas. La réalisatrice hollandaise en a transposé l'argument dans la «nouvelle» communauté russe d'Amsterdam. Avec une justesse imparable, De Jong dépeint les déboires d'une adolescente mal dégrossie, coincée entre une mère prostituée et une grande sœur exposée à tous les dangers. Récit tendu de la fatalité sociale, le film touche par la précocité naïve qui caractérise sa protagoniste.

Réalisé par le Turc Özcan Alper, «Sonbahar» («Automne») marche, pour sa part, un peu trop dans les travées esthétiques de Nuri Bilge Ceylan («Climats») pour emporter l'adhésion. Malgré quelques afféteries esthétiques, «Nulle part terre promise» a constitué un vrai choc: le Français Emmanuel Finkiel y raconte en parallèle trois voyages qui se croisent parfois au hasard des péripéties: des clandestins kurdes s'efforcent de gagner l'Angleterre, alors qu'une jeune étudiante part à l'Est filmer déclassés et marginaux sous prétexte qu'ils sont «forts», tandis qu'un jeune cadre organise la délocalisation d'une entreprise française en Hongrie.

Le tout donne une idée peu jouasse de l'Europe, qui mériterait une récompense. Mais le fait que le film soit déjà lauréat du prestigieux prix Jean Vigo 2008 risque d'être un handicap. Présenté en ouverture sur la Piazza Grande, «Brideshead Revisited», nouveau film à costumes de Julian Jarrold («Becoming Jane»), était un peu trop empesé pour faire passer sa critique subversive de la bienséance. Le lendemain, Amos Gitaï a nettement relevé le niveau. Lauréat du Léopard d'honneur, le réalisateur israélien a reçu son prix puis présenté au public de la Piazza «Plus tard tu comprendras», son premier film français. En quelques plans, Gitaï démontre qu'il est un grand cinéaste, même si cette anamnèse d'un passé antisémite laisse un peu trop transpirer son origine littéraire. /VAD

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