Coronavirus: quand les enfants apprennent en faisant comme leurs parents

L’école va bientôt reprendre. En attendant, les enfants doivent continuer d’apprendre à la maison. L’occasion de repenser les façons dont ils peuvent intégrer leurs leçons.

21 avr. 2020, 20:00
Cuisiner permet aux enfants d'apprendre à gérer les quantités ou un vocabulaire spécifique, par exemple.

Et si le confinement était l’occasion, pour les enfants, d’apprendre autrement? «Le côté très scolaire ne peut fonctionner qu’avec des enseignants, à l’école. Le confinement, c’est l’occasion de faire des choses avec les parents, de découvrir leur monde et d’y réfléchir.»

Anne-Nelly Perret-Clermont, professeure honoraire à l’Institut de psychologie et éducation de l’Université de Neuchâtel, est catégorique: «Notre mentalité très individualiste nous fait penser que nous apprenons tout seul. C’est faux: nous le faisons avec l’enseignant, les copains, les parents. L’être humain s’instruit en étant en lien avec d’autres, si ça lui est utile ou s’il est curieux.»

Réintégrer la notion de plaisir

Et de donner un exemple très concret: «Un enfant apprend à parler dans l’échange, sans qu’on ne lui impose de programme. D’ailleurs, c’est un des problèmes avec les langues étrangères: nous n’avons pas trouvé de système miracle. C’est tellement plus difficile quand on n’est pas dans le pays, en interaction avec des personnes qui parlent la langue.» 

La professeure rappelle que «le rôle du parent n’est pas d’être l’assistant des enseignants. Il ne faut absolument pas perdre ce côté informel du parent qui éduque.» En cette période (et en tout temps), elle propose que les enfants soient associés aux activités des «grands»: «Les agriculteurs et les artisans le font déjà, par exemple». Il est également possible de les instruire via les activités ménagères, mais pas sur le ton de la corvée: «Ça doit être un plaisir.» 

Tirer des leçons

Attention: Anne-Nelly Perret-Clermont ne remet pas en question l’existence de l’école. «Elle est nécessaire, mais c’est un sacré défi de trouver une façon de la rendre efficace. L’enfant va entendre plein de choses mais, paradoxalement, risque de perdre son savoir-faire d’apprenant. Alors que, depuis le berceau, il a appris à apprendre, notamment pour parler et marcher.» 

Avec le confinement, «du jour au lendemain, il a fallu tout réinventer. Les enseignants se sont débrouillés comme ils ont pu. Certains ont su être créatifs; d’autres sont devenus plus scolaires que jamais.Il faudrait créer une plateforme de partage avec tout ce qui a été imaginé pour en tirer parti à l’avenir, en y réfléchissant et en l’améliorant.»

Selon elle, un travail devra être fait sur l’école pour identifier «ce qui est indispensable ou non. Quand il faut être abstrait ou quand, au contraire, il s’agit de montrer aux élèves le sens très concret des apprentissages requis. Les enseignants qui savent le mieux faire entrer la notion de sens et de plaisir dans l’apprentissage sont ceux de l’école enfantine. Mais aussi ceux des formations professionnelles, car ils n’ont pas envie d’entendre leurs apprentis affirmer ‘mon patron m’a dit que ça ne servait à rien’. Les enfants doivent ouvrir les yeux sur le monde, mais pas forcément de manière «scolaire», dans le mauvais sens du terme.»