Un mordu, un enragé

Henri Marchon fait «péter» le compteur des téléskis. Le retraité loclois a déjà effectué plus de 1200 descentes. Champagne! Que fait le retraité Henri Marchon l'hiver? Du lundi au vendredi, il skie. Rien de forcément d'exceptionnel jusqu'ici. Ce qui l'est plus, c'est que le Loclois ne perd pas une minute sur les pistes des Bugnenets - Savagnières, son «stamm» durant la semaine. Hier matin, il totalisait 1235 descentes (merci l'informatique)!

07 févr. 2006, 12:00

Un record, aux dires des responsables des installations, qui ont marqué le coup en lui offrant l'autre jour une bouteille de champagne. «J'étais surpris. Je ne m'y attendais pas du tout. C'est la première fois cette saison que je prenais l'abonnement. Je l'ai amorti!»

Henri Marchon est né avec les skis au pied, dans le canton de Fribourg, il y aura 72 ans en juillet. «Nous étions dix enfants à la maison. Ma famille était pauvre. Ma première paire de lattes, c'est mon père qui me l'a sciée. Nous chauffions nous-mêmes le bois. C'est véritablement lorsque j'ai débarqué au Locle en 1952, pour travailler dans l'horlogerie, que je me suis offert une vraie paire de skis.»

2500 heures de piscine

Ce mordu, cet enragé même, l'affirme clairement: il ne peut pas rester sans rien faire. «Comme je n'ai pas eu une belle jeunesse, j'en profite maintenant.» Au printemps et en automne, le gaillard marche entre trois et quatre heures par jour. L'été, il plante son baluchon à la piscine du Communal du Locle. «Un endroit exceptionnel. En 2005, j'ai totalisé 250 heures de piscine!»

Et l'hiver, il avale les pistes des Bugnenets - Savagnières avec un appétit de glouton. «Attention, prévient-il. Le week-end, quand je ne fais pas de raquettes, je me repose!» Peut-on le croire?

Grave accident

Depuis la fin novembre, Henri Marchon se tape quotidiennement une bonne heure aller-retour de bagnole pour s'éclater sur des pentes qu'il qualifie «de splendides et très bien préparées. Il y a peu de secousses. On se croirait au Tyrol.» Les responsables des téléskis apprécieront le compliment.

La vie du Loclois a basculé quand, en 1998, au volant de sa moto, il est fauché par une voiture. «J'ai eu six vertèbres écrasées, plus de graves ennuis aux épaules. Par moments, je n'ai plus de force dans les bras. Alors, il faut que je fasse de l'exercice. A la maison, je travaille sans cesse mes muscles. La nuit, je pratique le yoga dans mon lit. Je transpire de la tête aux pieds. Ma femme est bonne pour laver mon pyjama tous les jours!»

Ce skieur fou attaque ses journées très tôt. «Tout dépend comme ma nuque supporte l'effort. J'effectue 20, des fois 30 descentes par jour. Peu importe le nombre, mais mon rythme est soutenu. L'important, c'est d'être à l'air. Ici, tout le monde me connaît. Avec les employés, c'est «salut-salut!» Je possède un caractère jovial, je peux parler avec tout le monde, mais je suis tout de même un solitaire. Je skie généralement seul, car ce n'est pas évident de me suivre, à part mon beau-frère. Lorsque nous allons ensemble aux Crozets ou au Tyrol, et s'il y a quelqu'un derrière moi en arrivant en bas, je n'ai pas besoin de me retourner. C'est lui!»

Une sacrée paire! / GST