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Thèse: le rejet du suisse allemand au coeur de l'identité jurassienne

Une doctorante de l'Université de Neuchâtel démontre dans son travail de thèse comment les séparatistes jurassiens ont utilisé le français et fait planer la menace d'une germanisation du Jura pour construire l'identité cantonale.

21 janv. 2015, 12:26
Les manifestants veulent marquer leur attachement au canton de Berne.

De 1959 à 1979, l'identité jurassienne s'est forgée à l'aide d'une rhétorique insistant sur le danger encouru par la minorité francophone sous la tutelle bernoise. La dépréciation du suisse allemand y a acquis le statut de posture politique, selon une thèse de doctorat défendue mercredi à l'Université de Neuchâtel (UniNE).

Pour sa thèse de sociolinguistique historique sur la Question jurassienne, Sara Cotelli, directrice du Centre de langues de l’UniNE et chargée de cours à l’Institut de langue et civilisation françaises (ILCF), a exploré la façon dont les organisations séparatistes jurassiennes ont utilisé le discours sur les langues dans leurs efforts pour construire une identité francophone visant à la création d’un nouveau canton. De 1959 à 1979, elles ont avancé la menace d’une germanisation des districts jurassiens francophones et offert une vision très négative du suisse allemand ainsi que du bilinguisme.

Le travail de Sara Cotelli montre ainsi comment le discours indépendantiste a cristallisé l’identité jurassienne autour du français depuis l’initiative cantonale de 1959 sur l’autodétermination, perdue par le Rassemblement jurassien (RJ), jusqu’à l’entrée en souveraineté du canton du Jura le 1er janvier 1979.

Construction d'une "muraille de Chine"

Les séparatistes s’inscrivent ainsi dans un mouvement plus large de mythification du français et de dépréciation du suisse allemand assez répandu en Suisse romande, tout en réinterprétant ce discours en véritable posture politique dans le contexte de la Question jurassienne. Il s’agit de construire une "muraille de Chine" entre Bernois et Jurassiens, comme le soutiennent alors les partisans de la séparation.

Sara Cotelli a étudié un corpus de textes publiés de 1959 à 1978, constitué notamment de l’hebdomadaire "Le Jura libre", de publications du RJ ou de certains de ses membres et d’autres documents d’archives. Elle a également procédé à une série d’entretiens, indique l'UniNE dans un communiqué.

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