Prophéties réalisées

Voici vingt ans, un rapport prévoyait la mort d'un domaine agricole sur trois. Ces chiffres se confirment aujourd'hui En 1985, la Chambre d'agriculture du Haut-Plateau (CAHP) avait analysé les forces et les faiblesses du secteur primaire de la montagne. Elle avait prédit la mort d'un domaine sur trois. Elle pensait aussi que la plus-value sur le lait, via la transformation de l'or blanc en fromage, était vitale. Ces deux prophéties se confirment aujourd'hui.

31 janv. 2006, 12:00

Actuel président de la CAHP, Vincent Wermeille a analysé cette évolution.

L'exception des Bois

Il y a vingt ans, les Franches-Montagnes comptaient 450 exploitations agricoles. Le rapport d'alors soulignait que les domaines qui possédaient moins de vingt Unités de gros bétail (UGB) et qui disposaient d'un quota laitier inférieur à 50.000 kilos par an n'avaient pas d'avenir. En 2002, cette prédiction se vérifiait, puisqu'on dénombrait 367 exploitations, dont 311 à titre principal (revenu réalisé entièrement sur la ferme). Mais cette diminution n'est pas linéaire par commune. En effet, deux d'entre elles, Les Enfers (onze domaines) et Le Peuchapatte (sept domaines) n'ont pas varié. Saint-Brais n'a perdu qu'une seule exploitation. Quant au plus grandes diminutions, elles se trouvent au Noirmont (35%), à Lajoux (30%) et à Muriaux (27%). C'est là qu'on comptait aussi le plus grand nombre de domaines agricoles. Exception à la règle: la commune des Bois, qui compte encore 50 domaines, contre 58 il y a vingt ans. Et 18 d'entre eux disposent de plus de 30 hectares de surface

Tête-de-moine salutaire

Ces disparitions ont eu pour effet un agrandissement des domaines, à l'image du Noirmont qui a vu les exploitations de plus de 30 hectares passer de cinq à douze. On constate également de grandes disparités entre communes au niveau des surfaces cultivées. Avec, à l'extrême, Muriaux, qui compte trois exploitations de plus de 30 hectares sur 31 domaines (9,6%). A l'autre extrême, la palme revient à Goumois, dont les huit fermes exploitent plus de 30 hectares (100%). A Saignelégier, la moitié des vingt domaines ont moins de vingt hectares. Mais ces chiffres ne tiennent pas compte des pâturages

Le rapport de l'époque indiquait qu'il fallait miser sur la transformation du lait pour obtenir une plus-value. Cela s'est traduit par l'ouverture, en 1985, de la fromagerie de tête-de-moine de Saignelégier, qui transforme aujourd'hui plus de sept millions de kilos de lait par an. Or, ce lait (sans parler du bio) est le mieux payé du pays. Le producteur touche 79 centimes par litre, alors que le lait de gruyère est payé 73 centimes et le lait de consommation livré à la Miba 67 centimes. On voit parfois que les projections se réalisent /MGO