Plus de quorum, on bâche!

Grande première: une séance n'est pas parvenue à son terme, faute de «combattants». Ulcérés par le résultat d'un vote qu'il a fallu répéter trois fois, le PDC et le PLR ont tiqué. L'Etat se retrouve sans budget His-to-rique! Pour la première fois depuis l'entrée en souveraineté du canton (1er janvier 1979), une séance du Parlement jurassien n'est pas parvenue à son terme, le quorum n'étant plus atteint. «C'est en effet du jamais-vu», a confié le vice-chancelier, Jean-Claude Montavon, la mémoire vivante du législatif.

26 janv. 2006, 12:00

En préambule à cette première séance (marathon) de l'année (42 points à l'ordre du jour!), le nouveau président, Charles Juillard, avait prévenu: «Compte tenu des décisions que vous devrez prendre aujourd'hui, les débats risquent d'être nourris.» Le PDC ajoulot a été servi!

Dans la matinée, la discussion sur le partage de l'or de la BNS s'était déroulée dans la plus parfaite courtoisie (lire l'encadré). A la reprise des débats, à 14h, les élus, gavés, ont attaqué le budget 2006 qui prévoit un déficit de 12,7 millions de francs.

«Un scandale!»

C'est le groupe libéral-radical qui a dégainé en premier en demandant 1% d'économie (deux millions de francs) sur la masse salariale de l'Etat. Le Gouvernement y était opposé. Tout comme la gauche. Au vote, le PLR, rejoint par le PDC, ont obtenu gain de cause, par 33 voix contre 27. Le hic, c'est que le Parlement jurassien compte 60 députés et comme le président n'a pas voté, il y a eu un petit problème au moment du décompte des voix

Re-vote donc. Toujours à main levée. Le verdict est à nouveau en faveur de la mesure d'économie: 32 contre 25. Il est alors 16h et le président accorde un quart d'heure de pause. De retour dans l'hémicycle, les élus apprennent que le Parti socialiste a déposé une motion d'ordre, contestant le deuxième vote. Il faut donc une nouvelle fois jouer du bras. Et là, stupeur! Le non - la gauche, PS et PCSI - s'impose sur le fil, avec 28 non contre 27.

Suspension de séance de cinq minutes. Ensuite, Michel Probst (PLR) monte à la tribune: «Ce vote après deux contre-épreuves, dont une après la pause, est un scandale. Nous quittons la salle.» Jérôme Oeuvray, au nom du PDC: «On ne peut plus travailler sereinement à l'élaboration du budget. Nous suivons le groupe PLR.» Un seul démocrate-chrétien restera assis: Jean-Louis Berberat, de Lajoux. Puis, de la bouche du socialiste Pierre-André Comte: «C'est le président qui m'a demandé de déposer une motion d'ordre. Les votes ont été contestés, et refaits. Vous êtes des mauvais perdants. Vous ne faites pas honneur à la démocratie jurassienne!»

«Ça sent les élections!»

Abasourdi, le Gouvernement assiste à cette scène surréaliste, celle qui voit des députés décamper. Comme il reste moins de 31 élus, le quorum n'est plus atteint et la séance abrégée. «Cela ne donne pas une image positive de la politique», a regretté Elisabeth Baume-Schneider. «Rien ne pouvait justifier pareille attitude, maugréait Gérald Schaller. En attendant, le canton se retrouve sans budget. Reste que ce blocage est à relativiser. Les salaires des fonctionnaires seront versés à l'heure!»

Le bureau du Parlement se réunit aujourd'hui. Il décidera s'il y a lieu ou non de mettre sur pied une séance supplémentaire, ou si l'on repart à zéro le mercredi 22 février. Mais comme le traditionnel jass du Parlement est prévu cet après-midi-là

«Ça sent les élections», a lâché Gérald Schaller. Ça promet pour cet automne! /GST

Le ministre l?emporte

La séance du Parlement a aussi été marquée hier matin par un revers pour les 83 maires du canton. Ils ne toucheront que 40 des 69 millions attendus de l?or BNS. Hostile au départ à tout versement aux communes, mais amené par ses pairs à défendre le principe d?une allocation de 40 millions de francs, le ministre des Finances Gérald Schaller s?est montré intraitable. Repoussant tous les amendements, il a convaincu les députés de ne pas aller au-delà et de presser les communes de réduire d?autant leurs dettes. Une position adoptée au final par 56 voix contre zéro. Reste à confirmer ce vote lors du scrutin populaire du 21 mai. Incidences variables Sous réserve d?un «oui» le 21 mai, les 40 millions seront versés avant l?été aux communes. Ventilés sur la base d?un montant identique de 580 fr. par habitant, ce pactole entraînera des diminutions de dette qui varieront sensiblement selon les communes. Calculées en francs, les parts versées iront ainsi de 6.552.409 pour Delémont à 19.703 à Montfavergier. En pour-cents, la réduction d?endettement ira de 4,5% du total à Chevenez, à 85,4% à Réclère et tournera autour de 6% à Delémont et Porrentruy. Paradoxe, une commune, Muriaux, retira un gain de 30.000 fr. de l?opération. /JST