Les caquias, une belle tradition qui se perpétue encore à Epauvillers

A Epauvillers, dans le Clos du Doubs, subsiste une tradition pascale ancestrale: les caquias. Ce drôle d'instrument en bois remplace les cloches qui sont, selon la légende, parties pour Rome jeudi. En cette période de Pâques, les cloches des églises sont muettes depuis jeudi soir en terre catholique pour commémorer la mort du Christ. Comme on le raconte aux enfants, elles sont parties le Jeudi saint pour Rome, où elles seront bénies par le pape avant de revenir chargées d'?ufs en chocolat pour la veillée pascale de ce soir. Elles sonneront à nouveau à toute volée demain, jour de la résurrection du Christ.

24 mars 2008, 12:00

Pour appeler les fidèles à la prière, on utilisait autrefois des crécelles ou des objets similaires. Si la tradition s'est, à de rares exceptions (lire l'encadré) perdue de nos jours, elle perdure encore dans le village d'Epauvillers, dans le Clos du Doubs, où l'on utilise un drôle d'appareil: les caquias. Il s'agit d'une caisse en bois munie d'une manivelle actionnant un mécanisme de lamelles en métal qui soulèvent un à un les six marteaux en bois, selon le principe de la boîte à musique. Ces derniers, en retombant, claquent et résonnent dans la boîte, produisant un son que l'on entend loin à la ronde.

Abandonnée pendant une dizaine d'années, cette tradition a été remise au goût du jour en 1995 par le sacristain Jean Marchand et son épouse Marie-Pierre. Les anciens caquias ayant fait leur temps après des décennies de bons offices, ce sont trois retraités du village, Germain Marchand (le papa de Jean), Rémy Girardin et Joseph Maître - seul survivant aujourd'hui - qui ont fabriqué les nouveaux caquias. Ils se sont inspirés du modèle conçu à Rebeuvelier par le sacristain Ernest Schaller, le père de Marie-Pierre Marchand.

«C'était un ancien coupe choux-raves appartenant à Joseph Maître. Mon papa a soudé des lamelles en métal à la place des dents», se rappelle Jean Marchand. Les caquias sont aujourd'hui bien fixés au plancher tout en haut du clocher de l'église, juste à côté des deux cloches. Une installation qui ne s'est pas faite sans efforts. «On pensait d'abord les mettre près de la minuterie à l'étage en dessous, mais on a dû les monter pour ça résonne mieux», explique Jean Marchand.

Depuis toutes ces années, c'est son épouse Marie-Pierre qui se charge de faire fonctionner les caquias. Entre le Vendredi saint et ce soir, elle va gravir à sept reprises les marches menant au sommet du clocher pour «sonner» l'Angélus à 5h45, à midi et à 20h, sans compter la cérémonie du Chemin de croix, à 10h45 hier. Ces ascensions, périlleuses par endroits, ne lui font pas peur. «Tout pendant que je peux monter, c'est moi qui le ferai», lance-t-elle. Et nombreux sont les fidèles et curieux à attendre à l'aube les premiers sons des caquias. «Tous les Bâlois du village sont là à 6h», plaisante Marie-Pierre Marchand.

Il n'est pas trop tard pour découvrir cette belle tradition perpétuée dans la paroisse d'Epauvillers-Epiquerez. Les caquias résonneront encore aujourd'hui avant de retrouver le silence jusqu'à l'année prochaine. / MMO