Le combat inégal d'un toubib jurassien seul contre tous

Philippe Wacker se bat pratiquement seul contre l'Etat, des collègues muets, passifs ou complices. Depuis des mois, le médecin généraliste de Bure dénonce l'évolution du système de santé jurassien. En vain.

13 oct. 2010, 07:57

Il nous intriguait depuis un bon bout de temps, Philippe Wacker. Allusion aux innombrables lettres ouvertes que ce médecin généraliste de Bure (il conserve un pied à terre en Valais où il prodigue encore des soins de temps à autre) fait parvenir aux rédactions pour dénoncer le démantèlement de l'hôpital de Porrentruy et accessoirement celui de tout un système médical.

L'homme est monté aux barricades dès qu'il a constaté que les assistants n'étaient plus encadrés, qu'on multipliait les postes de chefs pour mieux fragmenter les centres de décision. «Songez que certains assistants ne parlent pas le français, qu'on passe son temps à recoller les pots cassés dans les hôpitaux.» De quoi plaider pour un retour en arrière radical, avec un seul chef qui tiendrait la barre et un projet médical s'appuyant sur la collaboration de toute la profession, généralistes évidemment compris. Philippe Wacker dénonce ce recours toujours plus conséquent à ces assistants étrangers que la Suisse n'a pas besoin de former et qui retourneront un jour dans leur pays: «Inutile de chercher ailleurs le manque de relève chez les généralistes.»

L'ancien chef de clinique de l'hôpital de Porrentruy ne comprend toujours pas comment on est parvenu à de telles extrémités. «Hélas, déplore-t-il, c'est un peu la loi du silence qui prévaut dans notre profession. Tous les médecins dépendent d'un hôpital ou d'un home. On assiste à une véritable paralysie de la parole, car chacun travaille pour l'Etat.» Philippe Wacker dénonce les ambitions démesurées que certains dirigeants nourrissent pour l'hôpital de Delémont: «Vouloir créer un centre de compétences pour 70 000 habitants, c'est ridicule. Il eut été bien plus intelligent de conserver deux hôpitaux, mais de les faire maigrir.» Ce que le docteur Wacker n'a pas avalé, c'est l'abandon complet des consultations d'urgence en pédiatrie à l'hôpital de Porrentruy. «Le pire, c'est que le Parlement a accepté cette évolution à une grande majorité, y compris les députés ajoulots.»

Le médecin a bien tenté d'attaquer cette décision à la Cour constitutionnelle du canton du Jura. Echec. Même scénario quand il a écrit au médecin chef du service de pédiatrie pour qu'on prête au moins à Porrentruy un assistant avancé pour les 25 000 personnes d'Ajoie et du Clos-du-Doubs. Sachant que pour les six lits de pédiatrie de l'hôpital de Delémont, il y a quatre médecins chefs, un assistant en pédiatrie pour l'Ajoie n'aurait certes pas constitué un luxe.

Il suggère aux responsables cantonaux d'en revenir à des choses élémentaires et basiques. «Pour la médecine de pointe, il y a Bâle et Berne.» Côté soins de base, chaque hôpital doit pouvoir y répondre. A l'entendre, il aurait été fort simple d'établir un plan hospitalier valable: «Il suffisait de réunir tous les toubibs dans une salle et de se mettre d'accord sur deux hôpitaux. Cela n'a jamais été fait. Et il conclut qu'à Saignelégier, contrairement à Porrentruy, on peut encore hospitaliser en médecine... /PAB-réd