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Le bonheur dans le pré?

La légende dit que l'on vit mieux en campagne. La réalité du terrain est plus complexe et révèle une carence d'études scientifiques en la matière. Mais rien ne permet de dire que les citadins se portent plus mal Il s'avère que la population du Jura bernois, considérée comme rurale, n'est pas davantage préservée des souffrances psychiques que les habitants des zones urbaines. Le nombre d'admissions en milieu hospitalier permet de contrebalancer ce cliché pastoral. Les statistiques de la Direction de la santé publique et de la prévoyance sociale bernoise (SAP), confrontées au nombre d'admissions par «district hospitalier», permettent de dégager une tendance quant à la santé psychologique du monde rural. En guise de témoin, le Jura bernois.

27 févr. 2006, 12:00

La région (environ 50.000 habitants) ne compte qu'un psychiatre indépendant à plein-temps et un second à temps partiel. De sorte que l'essentiel des traitements est pris en charge par les Services psychiatriques du Jura bernois - Bienne - Seeland (SPJBB). Pour éviter les amalgames périlleux, nous ne tiendrons compte que des admissions et des durées de séjour en mode hospitalier. La délimitation entre les lits semi-hospitaliers et lits hospitaliers étant encore «floue», comme le précise l'Observatoire suisse de la santé (Obsan).

En 2004, le nombre total de patients admis dans les cliniques psychiatriques subventionnées, des institutions spécialisées non subventionnées par les pouvoirs publics et les établissements de soins aigus subventionnés, a atteint 8100 patients. Soit 5,1% des personnes traitées, en mode hospitalier, le sont pour des difficultés psychologiques.

Quant aux journées d'hospitalisation, toutes disciplines confondues, près de 20% de la durée des séjours concernent les services de psychiatrie. Des pourcentages comparables à la moyenne nationale qui ne permettent pas d'établir une distinction pertinente entre les cantons dits ruraux et urbains.

Davantage de «psy», davantage de patients

Plutôt qu'une différenciation entre espace rural et urbain, le «concept de proximité» est plus parlant. En substance, nous dit un psychiatre, plus l'offre est abondante, plus les personnes s'en servent. Les régions proches des quatre centres psychiatriques principaux, dont la clinique privée de Meiringen, admettent plus de patients que la moyenne cantonale (lire encadré). Comme le précise Martin Rumpf, collaborateur du service de coordination pour la psychiatrie de la SAP, «il y a un rapport évident entre la distance de l'offre et l'incidence. Cela pourrait confirmer la constatation générale dans les soins médicaux que les besoins suivent les offres».

A l'unisson, tous les professionnels contactés entonnent le même refrain. Le recours aux soins psychiatriques est plus élevé en ville, mais «ça ne veut en aucun cas dire que les gens se portent moins bien».

Etudes contradictoires

Selon le directeur médical des SPJBB, Laslo Pataki, «plusieurs études menées dans divers pays voisins ont des conclusions totalement contradictoires». En plus de l'accessibilité aux soins, il rappelle qu'une foule d'autres critères doivent être pris en compte. Dont les facteurs sociaux, culturels ou économiques. Si les données concernant le Jura bernois font penser à un équilibre ville-campagne, celles-ci peuvent être biaisées du fait des difficultés économiques qui y sévissent. Ce qui expliquerait l'importance des admissions dans la région de Moutier, frappée par une crise industrielle importante. L'incertitude de l'emploi est un facteur de stress majeur pouvant conduire à l'hospitalisation. Il semble par contre, et c'est à l'avantage des zones périphériques, que la notion de solidarité y joue un rôle important. «Les gens s'y rencontrent plus facilement que dans les gratte-ciel», lance Laslo Pataki. Le facteur d'isolement semble plus accentué en ville.

Aucune étude ne permet d'affirmer que «le bonheur est vraiment dans le pré». Mais sachant, qu'en moyenne, une personne sur deux est confrontée au moins une fois dans son existence à des difficultés d'ordre mental, il n'y a aucune raison que cette réalité ne frappe que les zones urbaines.

Il n'est pas exclu, formule par ailleurs le monde médical, que les statistiques rurales soient faussement illusoires du fait que bon nombre de personnes échappent à la statistique, souvent convaincues que leurs troubles se résoudront seuls. /MAG

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